‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 194 sur 310 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

lutte fratricide qui depuis quatre jours et quatre nuits ensanglantait les rues.

Au lieu de reprendre haleine, il se dirige sur Montauban, sans espérance, il est vrai, de s'emparer de ce boulevard de la Réforme, car les calvinistes y avaient rassemblé des forces considérables, mais, nous dit-il, pour retirer ses soldats des environs de Toulouse « et manger le pays ennemy » .

Il affirme qu'il disposait seulement de six enseignes de gens de pied, dont il nomme les capitaines. Il porte à trois mille deux cents hommes le nombre de ses adversaires, et il ajoute : « J'en pouvois avoir huit à neuf cens, la pluspart desquels n'avoient jamais porté armes, car tous les bons soldats s'estoicnt retirés avecques les huguenots » (1).

De Thou, dont on connaît l'exactitude en matière de renseignements, rétablit la vérité. L'armée de Monluc était composée de huit cents chevaux et de quatre mille hommes d'infanterie, commandés par douze capitaines expérimentés, qu'il désigne à son tour (2).

Après trois jours de siège et de nombreuses escarmouches, Monluc, qui eut un cheval tué sous lui et courut les plus grands dangers, comprit qu'il perdait son temps. Il renvoya donc l'artillerie à Toulouse et plia bagages.

Charry, l'un de ses officiers, reçut l'ordre de se rendre à Puymirol, pour y faire rapidement de nouvelles levées et se porter au secours d'Agen dont les habitants s'étaient soulevés.

Terride se rendit à Beaumont de Lomagne. Monluc avec sa cornette de cavalerie, celle du maréchal de Termes et la compagnie des arquebusiers à cheval de Tilladet, se dirigea vers Moissac, après avoir fait embarquer son artillerie sur la Garonne. La compagnie du maréchal de Termes se rendit à Auch, puis à Aiguillon; le capitaine Arné gagna Condom avec la sienne, et Gondrin,' suivi de la noblesse, s'établit en

(') Monluc, Commentaires, p. 244.

(*) Histoire universelle, t. III, p. 299: Charry; Saint-Salvy, frère de Terride; Bazourdan, neveu du maréchal de Termes; Carmain; Monmaur; Arné; Villemagne; La Crozille; Trébous; de Tilladet; La Bastide et Colombier.

Armagnac, afin de contenir dans l'obéissance les places voisines (').

De leur côté, les huguenots déployaient en Guyenne une grande activité. Symphorien de Durfort, depuis son retour d'Orléans, s'occupait de rassembler des troupes. Une petite armée s'organisait sous ses ordres à La Grassy, dans les environs de Duras, et menaçait La Réole.

Dès le 24 avril, les habitants de cette ville, avertis par une lettre de François de Pellegrue, seigneur d'Eymet et cousin du capitaine Monluc, prenaient de grandes mesures de précaution (2).

La ville, défendue par trois enceintes murales dont la plus moderne remont ail au quatorzième siècle, est située sur le flanc d'un coteau qui commande la Garonne; une forteresse entièrement séparée de la ville, et placée sous les ordres d'un capitaine particulier, la protégeait du côté de la campagne. A cause des quatre tours dont elle était flanquée, on la nommait le château des Quatre -Sœurs. Le ruisseau du Charrus, encaissé dans une étroite vallée, enveloppe une partie du promontoire rocheux sur lequel la ville est construite et se jette aussitôt dans la Garonne (3).

La Réole était, au moyen âge, une des plus fortes places de la Guyenne; mais ses fortifications, mal entretenues depuis la réunion de cette province à la couronne de France, étaient alors dans un piteux état de délabrement.

Les jurats, bien secondés par la population catholique, se mirent à l'œuvre pour remédier à ce fâcheux état de choses. Ils firent preuve d'une si grande activité, qu'en peu de temps les brèebes furent fermées, les tours et les barbacanes réédifiées, les portes refaites â neuf, soutenues par de longues et solides barres de fer et renforcées avec de la terre ; quelquesunes furent murées par excès de précautions.

Pendant ce temps deux moines, entretenus par la munici-

(!) Commentaires, p. 245; Histoire universelle, t. III, p. 300. (-) Arch. départementales de la Gironde, série E, Journal de deux jurais de La Réole. Dépenses faites pendant le siège de 1562. (3) Léo Drouyn, La Guienne militaire, t. Ier, p. 142 et 143.

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