‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 195 sur 310 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

palité, organisaient une fonderie de canons qui, dans l'espace de quarante jours, fournissait à la ville huit pièces de gros calibre (•). Six autres furent offertes aux Réolais par M. de Burie et huit canons loués à un apothicaire de Bordeaux nommé Châtillon.

Enfin, le lor mai, François de Pellegrue entre précipitamment dans la place avec cinq ou six cents soldats. Il était temps. Déjà l'avant-garde des huguenots venait d'enlever les moulins flottants placés sur la Garonne (2). Toutes les farines destinées aux subsistances de la place étaient entre leurs mains.

Les amarres qui retenaient l'un de ces bateaux ayant été coupées, les calvinistes le firent dériver jusque devant la ville; de là, bien embusqués, ils tiraient sur les sentinelles réolaises. Mais les assiégés dirigèrent sur le moulin du Contrôle un feu tellement nourri, que les huguenots furent obligés de l'abandonner.

Le gros de leurs forces était à Gironde (3), où Duras se tenait de sa personne. Le lieutenant Lavaissière et le procureur du roi François Orgier, chargés par les jurats de La Réole d'un message pour M. de Burie à Bordeaux, furent faits prisonniers par eux.

Des négociations furent entreprises avec les huguenots pour obtenir leur mise en liberté, moyennant une rançon payée par les gens de La Réole; mais elles ne purent aboutir.

Ces derniers eurent encore le temps de recevoir de nouveaux secours. M. de Monbadon et MM. de Lamothe vinrent

(*) Arch. départementales de la Gironde, manuscrit déjà cité. Grâce au curieux journal de dépenses tenu par les jurats Pierre Seguin et du Fagna, on peut suivre jour par jour les progrés faits par la défense.

(4) « Item, convinct à la dicte ville norrir cinq cens soldatz qui estoyent sous la charge de feu M. d'Aymet, sieur de Cambes et de M. de Lamothe depuis le premier jour de may jusques à la vigille de Saint Pierre d'Aoust qui est trois mois à raison de cinq solz par jour pour chaque soldat. » Journal des jurats de La Réole, ms. des Arch. départementales de la Gironde, publié dans le t. VIII des Arch. historiques de la Gironde, p. 62.

(3) Gironde, sur le Dropt, qui s'y divise en deux bras, dont l'un se jette presque aussitôt dans la Garonne; aujourd'hui commune du canton et de l'arrondissement de La Réole.

s'établir avec leurs compagnies en avant de la ville, dans laquelle on fit entrer quarante arquebusiers envoyés par les catholiques de Saint-Macaire. Le capitaine Razac, l'un des lieutenants de Monluc, était dans la place (*).

Enfin le siège commença d'une manière régulière. Trois machines de guerre et quelques pièces de campagne que les huguenots avaient amenées, battaient les murailles sans discontinuer (2); mais les habitants, réunis aux troupes auxiliaires, se défendirent avec un courage et une intrépidité héroïques.

Le 20 mai, dans un combat livré dans le bourg de Fontet, à peu de distance de la ville, François de Pellegrue et Charles de Gaultier furent tués (3).

Pendant que le siège se poursuivait avec des chances diverses et faisait naître des incidents de toute nature, Symphorien de Durfort remontait la Garonne jusqu'en Agenais. Là, divisant en trois parties les troupes dont il disposait, il les faisait camper à Tonneins, à Glairac et à Marmande. Les forces placées sous ses ordres comprenaient treize enseignes de gens de pied et sept cornettes de cavalerie légère (4).

Monluc surveillait ses mouvements. Il avait groupé sous sa main toutes les compagnies de gens d'armes disséminées dans diverses localités de la Basse-Guyenne et toute l'infanterie disponible. Burie commit en cette occasion la faute de dégarnir Bordeaux, et cette imprudence faillit avoir les plus graves conséquences (5).

Duras, informé par les protestants que cette ville était à peu près sans défense, résolut de s'en emparer par

(!) Arch. historiques de la Gironde, t. VIII, p. 80; Journal des jurats de La Rêole, document déjà cité.

(*) Dupin, archiviste de La Réole, Notice historique sur cette ville.

(3) François de Pellegrue, seigneur d'Eymet et de Canibes, était fils de Galienne de Monluc, tante du capitaine.

Charles de Gaultier était le fils d'Antoine de Gaultier, conseiller au parlement de Bordeaux.

(4) Monluc, Commentaires, p. 246.

(5) Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, mss. Lettre autographe de M. de Burie.

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