‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 196 sur 310 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

surprise ('). Un complot fut tramé dans le plus grand secret par quelques gentilshommes calvinistes auxquels il fit part de ses projets. Joachim de Ségur, sieur du Grand Puch de Pardaillan; son cousin Pierre de Ségur, dit le capitaine Boyentran (a); Jean de Laminsans, dit le capitaine Auros; Guy de Montferrant, baron de Langoiran; Jean de Lascours, sieur de Savignac, et ses deux frères; Guillaume de Donissan, sieur de Jabastas, en faisaient partie avec quelques autres.

La ville, qui déjà s'étendait en arc de cercle sur le bord de la Garonne, avait peu de profondeur (3). Elle était défendue par un mur d'enceinte crénelé garni de meurtrières et flanqué de distance en distance de tours carrées ou circulaires. Un fossé, d'une assez grande profondeur, bordait la muraille dans toute son étendue. Quelques barbacanes ou des demilunes protégeaient les portes principales. Deux forteresses de peu d'importance, construites sous Charles VII, beaucoup plutôt pour maintenir dans l'obéissance la population bordelaise que contre les ennemis du dehors, recevaient une garnison dérisoire, une quarantaine d'arquebusiers tout au plus.

Le château du Hà, situé dans le voisinage de la cathédrale, défendait la ville du côté de la campagne.

On sait déjà qu'Antoine de Noailles, maire de Bordeaux et zélé catholique, en avait la charge. Duras connaissait la fidélité de cet officier; il se garda bien d'essayer de le corrompre.

Au bord du fleuve, à l'angle nord de la ville, s'élevait le Château-Trompette, que commandait le baron de Vaillac

(') Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. II, p. 765 : « Ceux de Bordeaux se voyant réduits à l'extrémité prirent la résolution de faire ce que par trop longtemps ils avoient délayé, advertissans de tout le sieur de Duras pour leur ayder àpoincl nommé. »

(*) Boyentran, petite localité du Médoc, située prés de la Gironde, entre Verteuil et Blaignan. Pierre de Ségur y possédait une petite seigneurie. On trouve parfois Boisentrand ou Boisintran.

(3) La rue Porte-Dijeaux, prolongée par la rue Saint-Reini, en donne la mesure exacte.

(*) Nous avons dit ailleurs que Jehan Gourdon de Genouillac, seigneur de Vaillac, avait succédé dans ce poste de confiance à Jehan de Lamoricière, seigneur de Vicques ou de Vignes,

allié par su femme, calviniste zélée, à la famille des Ségur- Pardaillan. De ce côté-là, Duras espérait èlre plus heureux.

La forteresse était loin d'avoir au temps de Charles I X l'importance qu'elle acquit au siècle suivant, après les transformations que lui fit subir le génie de Vauban. Elle n'aurait pu certainement résister à un siège prolongé, ni aux coups d'une puissante artillerie. Mais l'armée de Monluc était en rase campagne, et Duras n'ignorait pas que quarante-huit heures après l'attaque du Château-Trompette, elle serait derrière lui. Il fallait nécessairement se ménager des intelligences dans la place et surtout agir promptement.

Duras s'aboucha donc avec le capitaine Boyentran, lieutenant de Vaillac. Cet officier, dont les croyances religieuses n'étaient un secret pour personne, consentit à l'introduire de nuit dans la forteresse; mais manquant de cœur ou changeant d'avis au moment d'agir, il refusa son concours à l'en (reprise (').

Dans la journée du vendredi 20 juin, les conjurés, prévenus que Vaillac s'était rendu chez M. de Burie pour conférer avec lui, chargèrent un des leurs de s'introduire dans le château et de s'y cacher pour en ouvrir la porte après le soleil couché. Le pont-levis venait précisément d'être abaissé pour y faire entrer une provision de bois de chauffage; le moment semblait favorable. Guillaume de Donissan, sieur de Jabastas, cadet de Gascogne, sans sou ni maille (2), fut désigné pour cette tentative; mais elle échoua par suite du refus de Boyentran de laisser pénétrer ce gentilhomme dans la forteresse contrairement à ce qu'il avait promis.

(') Haag frères, La France protestante, (Mit. de 1853, t. IV, p. 501, au mot Duras.

(2) La famille des Donissan comptait trois frères : Pierre l'aîné, seigneur de Citrân; Guillaume, seigneur de Jabastas, et Méry de Donissan, seigneur de la Prade. Jabastas est un château situé à 2,500 mètres Est de l'église d'Izon, à peu de distance de la Dordogne. Guillaume s'était vu dans l'obligation d'emprunter 800 écus à deux personnes d'Agen et n'avait pu les rendre.

O Arcii. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 166. « Extrait des faits justificatifs » de Pierre de Ségur, écuyer, sieur de Boyentran :

« Prouvera le dit Boyentran qu'il ne partist de tout le jour de vendredy vingt

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