‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 199 sur 310 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

« Les précautions que prit le seigneur de Burie pour » éviter ce malheur et sauver la ville fut (sic) extrême et » cruel ; mais, comme on dit, aux maux violens il faut de » violens remèdes.

» On observa premièrement un secret inviolable, afin de » mieux surprendre les conjurés, et quand l'heure d'agir fut » venue, on fit investir la porte des chefs du parti qu'on » avait pu découvrir, par des pelotons de gens de guerre » et de bourgeois catholiques préparés à cet effet. On prit » l'heure de dix du soir, pour faire cette funeste expédition ; » on enfonça les portes des conjurés et l'on massacra tous » ceux qui voulurent faire résistance ; on épargna cependant » les femmes et les enfants, qui poussaient des cris perçans » de douleur et de désolation... dans tous les quartiers de la » ville. Tous les conjurés et leurs complices, qui avaient » échappé à la fureur du soldat, furent pendus dans les » diverses places de la ville. »

Sans nier absolument que ce massacre ait eu lieu (*), nous déclarons qu'il n'en existe aucune preuve à notre connaissance. La dernière phrase du récit de La Colonie, relative aux jugements prononcés contre les coupables, ainsi qu'aux pendaisons qui s'en suivirent, est, croyons -nous, la seule vraie dans le paragraphe cité plus haut.

Gabriel de Lurbe, procureur- syndic de la ville et contemporain des événements, ne parle absolument que des exécutions judiciaires, tandis qu'à l'année 1572 il ne manque pas de mentionner le massacre d'octobre.

(l) Dom Devienne, qui écrit aussi deux cents ans après, croit au massacre; il dit : « que les habit ans, ayans pris les armes, tuèrent tous les Religionnaires qui tombèrent entre leurs mains. » (Histoire de Bordeaux, édit. de 1771, p. 142.) Gaufreteau, chroniqueur du dix-septième siècle, ne parle que des condamnations judiciaires : « Plusieurs atteints et convaincus, dirjna factis receperunt par divers et exquis supplices. » Chronique bordeloise, t. Ier, p. 103.

Crespin, dans son Histoire des martyrs, donne le massacre de 1502 comme ayant eu lieu, mais il met au nombre des victimes les pasteurs Neufchàtel et Philibert Grené, ce qui est une erreur, comme on le verra dans les chapitres suivants. Le premier fut condamné judiciairement et pendu le 14 juillet. Le second, condamné à mort le 28 du même mois, ne fut arrêté qu'en novembre à Mont-de-Marsan, par ordre du parlement de Bordeaux. Cette erreur capitale permet de supposer que Crespin s'est aussi trompé pour le reste. (Édition de Genève, 1619, p. 6613.)

Voici ce qu'il dit concernant les événements de 1562 : «Au dict an, le vingt-sixiesme juin, l'entreprise îles hugùe- » nots sur la ville et Chasteau-Trompeite est descouverte par » la vigilance du seigneur de Burie, lieutenant du Roy, de la » Cour de parlement, et bon devoir des Maire et Juratz. » Plusieurs, préuenuz de ce mauvais dessein, sont exécutez » à mort (1). »

Cette phrase est relative aux condamnations capitales prononcées par le Parlement et aux exécutions effroyables qui en furent la conséquence.

Grâce aux Registres secrets et surtout grâce aux arrêts, dont les minutes existent encore, on peut suivre jour par jour le Parlement dans son œuvre de prudence, de répression et de cruelle justice.

Le 27 juin, il décide, toutes Chambres assemblées, que « pour la conservation de la ville », les présidents et conseillers feront en armes le service du guet (2).

Le 29, la Cour nomme des commissaires pour procéder à l'enquête sur la conjuration. Me Charles de Malvin, zélé catholique, est l'un des membres désignés. La déposition des témoins sera relevée par écrit.

Le même jour, « attendu l'éminent péril, » elle ordonne que ses membres en « robes longues » iront, deux par deux, â la garde des portes, qu'ils pourront porter telles armes que bon leur semblera. M. de Burie sera prié de donner des ordres pour que tout le monde leur obéisse dans les corpsde-garde, même les jurats. Le président Roffignac et l'avocat général M. de Laferrière sont députés dans ce but auprès de lui. Approbation du gouverneur.

A cause du manque de vivres, un président et trois conseillers visiteront les approvisionnements en blés et en farines. Ils seront accompagnés du lieutenant général, du lieutenant criminel et d'un jurât.

(!) Chronique bourdeloise, édit. de 1G19, f° 44.

(2) Arch. municipales de Bordeaux, mss. : Extrait des registres secrets, f° 02 v°.

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