CHAPITRE XXV
Le 1er juillet, le Parlement décide que l'affaire de la conjuration sera jugée par la chambre de la Tournelle, en présence de tous les présidents de la Cour et des six conseillers chargés de l'information (l).
Les nouvelles qu'il recevait ne le disposaient point à l'indulgence; Monluc et Buiïe avaient fait, le 27 juin, une tentative inutile sur Nérac et menaçaient Agen (2). De son côté, Duras, voyant la capitale de la Guyenne perdue pour lui, avait pris la résolution de lui couper les vivres, en se rendant maître du cours de la Dordogne et de la Garonne qui servaient à son approvisionnement.
A cet effet, il se présenta devant Saint-Maeaire, dont les habitants lui refusèrent l'entrée et refusèrent môme de lui fournir des vivres. Ayant alors ordonné l'assaut, il s'empara de cette place malgré les efforts du gouverneur, David de Montferrand, et des assiégés qui se défendirent avec vigueur. On regrette pour sa mémoire que, dans le but de venger la mort du ministre de Marmande, Roland Vaillant (3), tué dans cette ville, il ait permis à ses troupes de la mettre au pillage.
Le procès-verbal des dégâts de toute nature commis par les huguenots dans cette occasion, existe aux Archives municipales de la Gironde (série G, 3374). C'est un gros registre manuscrit, qui n'a pas moins de 572 feuillets (4). Il est revêtu de la signature du conseiller de Baulon.
Le sac de Saint-Macaire par les troupes calvinistes amena la destruction d'un grand nombre de papiers importants. Pendant trois jours, les huguenots demeurèrent maîtres de la place et brûlèrent plusieurs quartiers. La plus grande partie des lettres-patentes et chartes des rois de France et d'Angleterre, confirmant les nombreux privilèges de la
(!) Artcii. municipales de Bordeaux, mss.: Extrait des registres secrets î° 63.
(2) De Thou, Histoire universelle, t. III, p. 314. (s) Haag frères, La France protestante, t. IV, p. 502.
(*) La Société des Archives historiques de la Gironde a publié (t. VIII, p. 46 à 93) un fragment de ce manuscrit sous le titre suivant : État des dommages éprouvés par David de Montferrand et ses lieutenants ù Saint- Macaire, noble Pierre Delapasse et Peyrot Rover, p. 331.
ville, devinrent la proie des flammes. Ces faits déplorables sont constatés par l'enquête officielle qui fut dirigée le 20 mars 1G07 par M. le juge de la Prévôté royale de Barsac (1).
Le Parlement écrivit à Charles IX et M. de Burie au roi de Navarre, pour leur annoncer ces fâcheuses nouvelles ainsi que la prise de Bourg-sur-Gironde, dont les huguenots, commandés par François de La Bochefoucault, venaient de s'emparer pour empêcher les subsistances d'arriver de la Saintonge.
Les deux clés de la Garonne, en amont et en aval, étant entre les mains des calvinistes, la situation de Bordeaux devenait critique. Burie, qui n'avait sous ses ordres que sa compagnie et celle de La Yauguyon, commandée par un enseigne, M. de Charlu, lit partir en poste Bazé, son secrétaire, pour presser Monluc d'accourir en toute hâte (2).
Monluc, pour tranquilliser Burie, lui fit dire par Bazé que dans huit jours il serait auprès de lui « avec huit ou dix enseignes de gens de pied, sa compagnie, une partie de celle du roi de Navarre et trente ou quarante salades de l'ancienne compagnie du feu maréchal de Termes » (3).
Se doutant bien que le Condomois et l'Armagnac n'attendaient que son départ pour se soulever, il chargea le capitaine Arné de garder Condom avec le reste des gendarmes du roi de Navarre ; Bazordan, avec deux compagnies, reçut l'ordre de défendre Beaumont-de-Lomagne, tandis que Terride, avec sa cavalerie, devait s'enfermer dans Grenade.
Monluc mit quatre ou cinq jours à concentrer ses troupes; il était sur le point de se mettre en route pour Bordeaux lorsqu'il vit arriver Courré, neveu de M. de Burie et lieutenant de sa compagnie. Cet officier venait le supplier de se
(!) Commission* des monuments historiques de la Gironde, Rapport à M. le baron Sers, préfet. Bordeaux, Deliège, éditeur, '1841, p. 8G, 87.
(*) Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, mss. et autographes français, dossier 98; Lettre de M. de Burie au roi de Navarre.
(3) Commentaires, p. '247: Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, Lettre de M. de Burie au roi de Navarre, Bordeaux, vendredi 3 juillet 1562.