‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 20 sur 310 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Paris contre la messe, le 18 octobre, avait mis François 1er dans une vive colère; un grand nombre de religionnaires, au nombre desquels se trouvait Mathurin Cordier, avaient été obligés de prendre la fuite. Parmi ceux dont les noms ont été conservés à la postérité, ligure l'un des plus illustres poètes du seizième siècle, le spirituel et l'aimable Clément Marot.

Sans doute il avait résolu de se rendre à Nérac, à la cour hospitalière de Marguerite de Navarre, mais le Parlement de Bordeaux, prévenu de son passage par quelque dénonciateur, le lit arrêter et comparaître à sa barre.

Ce fait était autrefois constaté par un passage des Registres secrets de la Cour. Ces précieux manuscrits ont depuis longtemps disparu, mais on en connaît un grand nombre d'extraits faits par des conseillers au Parlement, à diverses époques. L'exemplaire coté sous le n°4319 à la Bibliothèque de la Chambre de Commerce contient ces mots :

« Le 27e de novembre 1534, Clément Marot, natif de CaJwrs, fut interrogé à la Cour et dit qu'il auoit vingthuit ans ou environ. »

B est évident que le greffier du Parlement, chargé de la tenue des Begistres secrets, avait dû se tromper en écrivant vingt-huit au lieu de trente-huit, puisque tous les extraits faits d'après lui portent le même chiffre. Le favori de Marguerite de Navarre, né en 1495, avait alors trente-neuf ans; il lui était bien permis, en sa qualité de poète, de se rajeunir un peu et de dire qu'il était âgé de trente-huit ans « ou environ » .

Une fois déjà, en 1524, il avait été arrêté comme « soupçonné de suivre la secte luthérienne » ; l'intercession de Marguerite l'avait tiré de ce mauvais pas. En dépit de sa légèreté, cette aventure l'avait rendu craintif, comme le prouve ce passage de son « E^nstre aux dames de Paris » :

L'oisiveté des moines et cagots Je la clirois : mais gare les fagots; Et des abus dont l'Église est fourrée J'en parlerois, mais gare la bourrée.

Il est (loue probable que Marot ne s'attendait guère à <Hre arrêté, lors de son passage à Bordeaux. L'affaire d'ailleurs n'eut pas de suite; le poète ayant décliné ses qualités de « valet du chasteau du roy et secrétaire de la roxjne de Navarre » ('), fut remis en liberté par ordre du Parlement qui, à cette époque, n'était pas encore chargé de la poursuite des hérétiques, exclusivement réservée, nous l'avons dit, à l'inquisiteur de la foi, assisté du tribunal de la Tour-Blanche ou <le l'officialité diocésaine (â).

11 serait difficile, je crois, de trouver dans l'histoire de France un monarque plus versatile que François Ier, surtout dans les affaires religieuses. Il subit les impressions du moment, et sa politique est tiraillée en sens inverse par les circonstances. Quand l'irritation suscitée dans son esprit par l'affaire des placards fut un peu calmée, d'autres influences le firent pencher momentanément vers l'indulgence; il rendit la liberté à deux docteurs accusés d'hérésie, et prit la peine d'écrire à Philippe Mélanchton, le doux ami de Luther, pour le prier de venir en France. 11 voulait entendre de sa bouche l'exposé des doctrines de la Réforme pour tenter un rapprochement entre les deux religions.

Dix-sept jours après, le 15 juillet 1535, il signait YÉdit de Coucy qui, par son esprit de tolérance, contrastait avec les ordonnances antérieures, mais qui ne fut point transmis à cette époque au parlement de Bordeaux.

Il manque, en effet, dans les registres où le greffier de la Cour transcrivait soigneusement les édits royaux; aucune interruption n'existe d'ailleurs dans le numérotage des feuillets (3).

Mais, chose étrange, le 31 mai de l'année suivante (1536), alors que les condamnations et supplices pour crime d'hérésie se multipliaient à Paris et en province, François Ier adresse

(!) Bibliothèque MUNICIPALE de Bordeaux, mss. 369 et 370, Extrait des registres secrets.

O Voyez Boscheron des Portes : Histoire du Parlement de Bordeaux, t. Ier (3) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Enregistrement des édits royaux, reg. n° 30.

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