‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 21 sur 310 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

de Lyon au parlement de Bordeaux et aux cinq autres parlements, des « lettres d'abolition » ou d'amnistie tout à fait analogues par leur esprit et leur teneur à l'édit de Coucy. Le roi semble croire que le mal est entré dans une période de décroissance, que les luthériens de France abjurent leurs erreurs passées, et que ceux qui se sont expatriés n'osent rentrer dans le royaume par crainte d'un châtiment.

En conséquence et « à l'exemple de Dieu, nostre créateur et rédempteur, qui jamais ne clost la porte de sa miséricorde », le vainqueur de Marignan annule toutes les condamnations antérieures, même les condamnations à mort, ouvre aux prisonniers arrêtés pour cause de religion la porte de leurs cachots, autorise enfin les fugitifs expatriés à rentrer en France, à la seule condition pour les uns et les autres de se présenter dans les six mois devant les curés de leurs diocèses ou devant l'officialité diocésaine assistée de « l'inquisiteur de la foy » pour y abjurer leurs erreurs (1).

Cette mansuétude du roi était, croyons-nous, une méprisable comédie destinée à tromper les princes protestants d'Allemagne, dont il sollicitait l'alliance pour continuer la guerre contre Charles -Quint.

Loin de diminuer, la Réformation venait de puiser de nouvelles forces dans l'apparition du célèbre traité de Calvin, connu sous le nom de l'Institution chrétienne. Réunissant et fixant les opinions en un seul corps de doctrine, entraînant les indécis et les timorés par sa logique et par son éloquence, le jeune réformateur tripla, par la publication de son livre, la portée du mouvement religieux qui détachait les catholiques romains des liens dix fois séculaires qui les retenaient encore sous la servitude papale.

Trois ans après la publication de cet ouvrage remarquable qui eut vingt éditions successives et fut traduit dans toutes les langues, le nombre des nouveaux convertis augmente à Bordeaux et en Guyenne dans une proportion sérieuse.

(!) Arcii. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Enregistrement des édits royaux, reg. n° 30.

François Ier, qui feignait de croire à la conversion des luthériens, était au contraire si bien informé des progrès de l'hérésie que deux mois avant de signer YÊdit de Lyon, le 11 mars 1535 (c'est-à-dire 1530, nouveau style), il s'était hâté de pourvoir au remplacement du grand inquisiteur, Raymond Gursin, passé de vie à trépas.

« Sçavoir faisons que, pour le bon rapport qui faict nous a esté de la personne de noslre cher et bien amé frère Vidal de Becanis, docteur en la saincte théologie et provincial de la province de Thoulouze, de l'ordre des frères prescheurs, du couvent de Marciac... lui avons donné et octroyé par ces présentes l'office ^'inquisiteur général de la Foy en nostre royaulme, au siège de Tholouze, etc. (1).

L'inquisiteur de la province de Guyenne, M. de Ferario, et son successeur, pris aussi dans l'ordre des dominicains ou frères prêcheurs, se trouvait donc placé directement sous les ordres de l'inquisiteur général, puisque ce dernier était en même temps le provincial auquel il devait obéissance.

Sa place était loin d'être une sinécure, car déjà la Réforme envahissait tout le Sud-Ouest et le nombre des néophytes augmentait chaque année dans une proportion considérable. A Bordeaux c'étaient le plus souvent des érudits, des professeurs, des prêtres, des instituteurs, de riches bourgeois, des marchands, des écoliers, des moines plus instruits que leurs frères de même robe et quelquefois de simples artisans d'un caractère sérieux.

Le mouvement religieux qui se produisait alors en Guyenne avait, comme ailleurs, ses racines dans les classes riches ou éclairées. En dépit des assertions calomnieuses dirigées contre eux, aucun de ces nouveaux convertis n'avait pris les armes, ni violenté les personnes, ni attenté à la propriété d'autrui, ni dirigé des attaques contre le pouvoir civil. Nous sommes encore loin de l'époque des guerres de religion, qu'on s'obstine, volontairement ou non, à confondre avec

(') Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, année 1853, livraison de janvier et février, p. 358.

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