‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 201 sur 310 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

hâter et l'informer, de la part de son oncle, « que si dans les six jours il n'était pas secouru, » Bordeaux était ville perdue. Il ajouta qu'il avait voyagé de nuit, rencontrant à chaque pas des groupes de fantassins ou de cavaliers huguenots, car toute la contrée était en armes et le soulèvement général (').

En pareille occurrence il n'y avait pas un instant à perdre. Cependant Monluc, dans sa marche sur Bordeaux, ne put résister à la tentation d'attaquer un corps de troupes calvinistes que le hasard fit passer à peu de distance de lui. Le capitaine Dovazan, qui commandait à Nérac, ayant eu l'imprudence de sortir de cette ville avec trois enseignes d'infanterie, fut attaqué par les troupes de Monluc à Castel- Vieil et à Feugarolles {-).

Les soldats de Dovazan, dont le cheval était déjà hlessé, prirent la fuite à travers les taillis qui hordaient la route ; mais les bandouliers « les tiroient comme on tire au gibier » ; une partie des fuyards se jeta dans la Baïse et s'y noya; les autres passaient à travers les bois et gagnaient les vignes.

« Nous estions si peu, dit Monluc, que nous ne pouvions suffire à tuer tout, car de prisonniers il ne s'en parloit guères en ce temps-là. » Quatre ou cinq cents huguenots, d'après lui, périrent dans ces trois rencontres (3). Mais ce nombre, fort exagéré, doit être diminué des deux tiers (4).

Ces bandouliers étaient des aventuriers espagnols qui vivaient de rapines, de vols et de brigandages. Au seizième siècle ils étaient répandus sur les frontières du pays de Foix, de la Navarre, du Béarn et de l'Aragon. Les montagnes étaient leur asile naturel, leur refuge contre les poursuites de la justice.

« Philippe IT et les seigneurs français vendus à ce prince ne pouvaient jeter dans le royaume des hommes plus capables

(') Commentaires, p. 241 ; Birliotiièque impériale de Saint-Pétersiiourg, Lettre de M. de Burie au roi de Navarre, 3 juillet 1562.

(2) Canton de Lavardac, arrondissement de Nérac (Lot-et-Garonne).

(3) Commentaires, p. '248 et 2i9. Dovazan n'avait en tout que 500 hommes. (*) De Thou, Histoire universelle, t. III, p. 315.

d'en accroître le trouble et d'inspirer davantage l'horreur des guerres civiles. Le mal qu'ils y firent est mie des taches ineffaçables qui souillèrent le règne des Valois » (').

Monluc, connaissant la fâcheuse situation de Bordeaux et bien décidé cette fois à ne plus s'attarder en route, coupa diagonalementvers la Garonne pour gagner le Mas-d'Agenais, qui se trouvait occupé par trois enseignes d'infanterie calviniste. Force lui fut de loger ses troupes à La Gruer et à GalongeSj où un secrétaire de la reine de Navarre, nommé Barbant, lui apporta des lettres de cette princesse qui se trouvait alors à Duras.

Jeanne d'Albret essayait de dissuader Monluc de continuer sa marche sur Bordeaux, l'assurant que d'accord avec M. de Burie, lieutenant de son mari, elle était venue tout exprès pour pacifier la Guyenne et obtenir des protestants qu'ils missent bas les armes.

Monluc assembla ses capitaines pour tenir conseil; tous furent d'avis qu'il fallait continuer à marcher sur Bordeaux dont la situation leur paraissait fort critique. Il se borna donc à députer deux de ses officiers auprès de la reine de Navarre, et le lendemain, deux heures avant le jour, il était en route avec ses troupes

Laissant sur sa droite la ville et le château de Caumont occupés par les huguenots, il longe la rive gauche de la Garonne, se dirige vers Puybarban (3), forte position où il établit son camp. Chose singulière! il reste là du 4 au 9 juillet, sans s'inquiéter davantage des sollicitations pressantes de Burie, dont le neveu, M. du Courre, arrivait à sa rencontre avec une partie de la compagnie de son oncle.

On ne saurait attribuer à cette longue station, si singulière dans un pareil moment, le motif de secourir La Béole, puisqu'il nous dit lui-même : « Les huguenots l'avoient assiégée auparavant que j'y arrivasse et battu de quelques

(!) M1,e Vauvilliers, Histoire de Jeanne d'Albret, t. Ier, p. 402 et 403. (*) Commentaires, p. 249.

(3) Puybarban, aujourd'hui commune du canton d'Auros, arrondissement de Bazas (Gironde).

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