CHAPITRE XXV
dait avec impatience, en compagnie de MM. de Cancon, de Montferrant d'Uza(2), de Civrac, etc.
Le Parlement, à peine informé de son arrivée, lui députa l'un des présidents et quatre conseillers pour lui faire la révérence et « lui faire entendre que la Compagnie étoit très aise de sa venue » (3).
Monluc promit d'assister le surlendemain, lundi, à l'une des séances de la Cour.
La disette se faisait déjà sentir dans la capitale de la Guyenne; aussi Monluc n'y demeura-t-il que trois jours (4). Il rejoignit ses troupes le 13 au soir.
11 avait été convenu entre lui et Burie que dès le lendemain matin, Monluc passerait la Garonne et que tous deux se mettraient à la recherche de M. de Duras « qui estoit aux terres de M. de Candalle en la comté de Benauges ».
Dès le point du jour, en effet, Monluc commença son mouvement; vers midi son infanterie, sa compagnie de gens d'armes et les quarante salades du roi de Navarre avaient traversé le fleuve.
Il rentra dans Bordeaux, vit encore Burie et reçut sa parole qu'à minuit il commencerait à faire mettre à bord des gabarres l'artillerie déjà disposée sur le port de la Grave. Le capitaine Masses devait suivre avec la compagnie du feu maréchal de Termes, dont il avait le commandement.
Que se passa-t-il à l'heure indiquée? C'est difficile à dire. Monluc prétend que Burie ayant donné l'ordre de faire retirer tous les bateaux sous les canons du Château-Trompette, les compagnies de Randan, de La Vauguyon et de Termes ne purent traverser la Garonne, ni le rejoindre. Il donne à entendre que la conduite de Burie en cette occasion fut au moins très singulière.
(') Charles de Montferrant, qui devint maire de Bordeaux et fut tué au siège de Gensac.
(2) Louis de Lu r, vicomte d'Uza, qui commandait la flotte royale au siège de Lu Rochelle en 1573.
Bibliothèque municipale de Bordeaux : Extrait des registes secrets, ms. 367, f» 125.
(*) Commentaires, p, 250.
40i HISTOIRE DE LA RÉFORMATION.
Une heure avant le jour (45 juillet), Monluc montait à cheval et mettait ses troupes en mouvement. Arrivé près de l'abbaye de La Sauve, à trois lieues de Bordeaux, il résolut d'attendre son artillerie et le reste des gens de pied; mais Burie ne paraissant point, il s'avança jusqu'à Targon, dans neutre -deux -Mers, où Symphorien de Durfort se trouvait avec ses huguenots.
Malgré le petit nombre de troupes qu'il avait sous ses ordres, Monluc n'hésita point à attaquer l'ennemi; il détacha Saint-Orens et Fontenilles en éclaireurs, qui tuèrent à Duras une quinzaine d'hommes; un cavalier fut expédié pour prévenir Burie que la lutte était engagée et qu'il se hâtât d'accourir.
Pendant que Duras rangeait ses troupes en bataille et disposait sa cavalerie le long du ruisseau de l'Euille, Monluc consulta ses capitaines et, sur l'avis de M. du Seignan qu'il fallait attaquer l'ennemi, malgré le désavantage du nombre, il divisa sa cavalerie en deux corps. 11 confia la direction du premier à son fils, le capitaine Peyrot de Monluc, et à Fontenilles, et prit lui-même le commandement du second. Il donna l'ordre au capitaine Charry de passer par un chemin qui existait entre deux vignobles et de prendre en queue l'infanterie calviniste.
Bien qu'il fût à peine huit heures du matin, la chaleur était déjà très forte. Duras donna l'ordre à ses gens de pied de gravir le tertre en ordre de bataille, tandis qu'il faisait entrer ses arquebusiers dans les taillis, fort épais en cet endroit. A trente pas seulement l'infanterie calviniste ouvrit le feu. Les arquebusiers de Saint-Orens y répondirent.
Presque au même instant, à la voix de Monluc et de son fils, les deux divisions de cavalerie se précipitèrent sur les huguenots, qu'elles chargèrent avec une ardeur extrême. L'effet de cette double attaque fut si terrible que la cavalerie de Duras, rompant sort ordre de bataille, s'enfuit en désordre 6 en contre bas le long du taillis ». M. de Mesmy, qui la commandait, jetant ses armes dans un fossé, se déroba