CHAPITRE XXV
lâchement par une fuite précipitée. Sa honte fut telle, que jamais depuis cette époque il ne reparut dans l'armée.
L'infanterie calviniste, au contraire, avait fort bravement attendu de pied ferme le choc impétueux de la cavalerie commandée par Monluc. C'est lui-même qui le dit (') et on peut l'en croire, car il n'est pas prodigue d'éloges pour ses adversaires. Mais elle ne tarda pas à céder et se replia dans le bois que défendait un fossé. Elle perdit, en somme, fort peu de monde (2).
De Thon, dans son Histoire universelle, dit que « l'un et l'autre parti s'attribua la victoire et se glorifia d'être resté maître du champ de bataille » (3). La vérité est que le combat de Targon fut une défaite pour les huguenots.
Duras le comprit si bien, qu'il rallia ses troupes et se retira sur Sainte-Foy, sans être inquiété.
La cavalerie de Monluc se laissa tellement emporter par l'ardeur de la poursuite et perdit tant de monde, que si les huguenots avaient fait un retour offensif, la victoire se fût changée pour les catholiques en une cruelle déroute. Le capitaine Peyrot eut deux chevaux tués sous lui, MM. de Monluc, de Seignan, de Lur et de Candale furent démontés. « Bref, ajoute Monluc, nous nous ralliasmes après la charge, au lieu même où nous l'avions faicte, et nous trouvasmes en telle nécessité, que nous ne sçusmes assembler vingt chevaux pour combattre, s'ils se fussent ralliés; car tous les chevaux estoient morts ou blessés, et des hommes plus de la tierce partie ('). » On voit que si la cavalerie des huguenots avait pris la fuite, leur infanterie s'était sérieusement battue.
M. de Burie ne put arriver à La Sauve que sur les quatre
(') « C'estoit une des plus rudes charges et la plus furieuse, sans bataille, où je me sois jamais trouvé. Et ne faut point dire qu'ils s'en allassent de peur sans estre combattus, car ils nous vinrent au devant pour nous faire la charge ou pour l'attendre », etc. Commentaires, p. 252.
(2) « Or, pour ce que nous n'avions point de gens de pied pour tuer il n'y
mourut pas beaucoup de gens. » Idem, ibidem.
(■) Histoire universelle, t. III, p. 316.
(*) Commentaires, p. 252.
ou cinq heures après-midi, en II fut bien aise, écrit Moulue, d'entendre que la victoire nous estoit demeurée; je croy qu'il auoit faict toute la diligence qu'il auoit pu, mais il estoit vieux, et les gens vieux ne peuvent estre si diligens que les jeunes (f) ».
Les conséquences de leur défaite à Targon furent terribles pour les calvinistes. Un certain nombre de places fortes de l'Agenais et du Bazadais, n'étant plus couvertes par l'armée de Duras et redoutant la barbarie de Monluc, se rendirent sans coup férir. Marmande ouvrit ses portes à M. de Burie; Saint-Macaire, Bazas et Villeneuve -d'Agen suivirent l'exemple de cette ville.
(l) Commentaires, p. 253. Ce qui if empêche pas le chroniqueur Jean de Gaufreteau de dire que Duras fui défait à Targon «par la vaillance des sieurs de Burie et Monluc. » Sa Chronique bordelaise est remplie d'erreurs de ce genre.