‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 205 sur 310 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Monluo et Burie au Parlement (13 juillet lôfi'2). Décisions prises au sujet des prisonniers huguenots soumis à la torture. — Attitude du premier président. — Arrêts de mort. — Supplice du pasteur Jehan Duranson et de Gratien Rathié (14 juillet). — Décapitation de Martin Moutignac; ses membres sont exposés, par ordre de la Cour, en diverses localités. — Requête des cléricaux au sujet du syndicat (15 juillet). — Pendaison do Mathieu Jardomier (16 juillet). — Condamnation du procureur Antoine Ménoyre. — Prise de Bourg par les huguenots. — La disette à Bordeaux. — Irritation contre le premier président Lagebâton. — Deux conseillers procèdent dans son logis à une visite domiciliaire. — Profession de foi des membres du Parlement. — Retour de Burie. — Il désavoue les membres du syndicat. — Nouveaux supplices. — Condamnation à mort de 07 calvinistes compromis dans l'affaire du Château- Trompette. — Tortures, llagellations et exécutions capitales de juillet et d'août. — Comptes payés à un menuisier et à l'exécuteur des hautes-œuvres.

Si la date fournie par les Registres secrets est exacte, c'est le 13 juillet, avant leur départ pour le combat de Targon, que Monluc et Burie assistaient à Bordeaux à l'une des séances du Parlement (*).

Que se passa-t-il dans cette importante réunion où toutes les Chambres se trouvaient assemblées? Nous l'ignorons absolument. Mais il est tout naturel de penser qu'il y fut beaucoup question de l'entreprise des huguenots sur le Château- Trompette et de l'instruction criminelle qui s'en était suivie. Connaissant la nature de Monluc et ses instincts cruels, il n'est pas téméraire de croire qu'il conseilla de faire quelques exemples.

Un grand nombre de prisonniers attendaient avec anxiété le jugement qui devait les absoudre ou les envoyer à la

(') « Le 11 juillet 15C2 (samedi) a esté ordonné qu'il sera envoyé vers le seigneur de Monluc, qui est arrivé ce matin en ceste ville, un des présidents et quatre conseillers pour lui faire entendre que la Compagnie est très aise de sa venue et que s'il luy plaist de venir en la Cour lundi prochain ou autre jour, il sera très bien venu. » Biisliotiiéque municipale de Bordeaux : Extrait des registres secrets, vas. 367.

mort. Les preuves de leur culpabilité faisaient défaut. Mais presque tous avaient été soumis à la torture, comme le prouve la minute des arrêts, et la souffrance avait arraché quelques aveux à plusieurs. Un soulèvement des calvinistes en leur faveur, une tentative d'évasion étaient à craindre. Il fallait se lutter d'agir.

D'ailleurs le peuple de Bordeaux souffrait cruellement du manque de vivres et commençait à murmurer.

La fraction ultra- cléricale qui gouvernait le Parlement résolut de terrifier, par une série d'exécutions capitales, la population calviniste et de satisfaire en môme temps les appétits sanguinaires d'un peuple fanatisé par les exciudious infâmes de quelques énergumènes.

Une minorité peu considérable, mais active et audacieuse, se forma dans le sein du Parlement, à l'instigation du président Roffignac, de l'archevêque Prévost de Sansac, des conseillers Charles de Mal vin et François de Baulon, pour exiger la mort des coupables.

Le premier président Lagebàton, que ses sentiments naturels poussaient vers la clémence, n'osa pas les laisser voir dans cette circonstance. Sa position d'ailleurs était fort difficile et demandait la plus grande circonspection; les délations et les calomnies ne coûtaient guère à ses ennemis. On allait jusqu'à l'accuser d'être monté à cheval, le 27 juin, et de s'être rangé du côté des conjurés (l), tandis qu'au contraire il s'était efforcé de les faire rentrer dans le devoir.

Il est donc probable que pour sauver sa vie, et sous la pression d'une partie de la Cour, il donna son acquiescement aux exécutions capitales. Ce qu'il y a de certain, c'est que plusieurs des arrêts de mort dont les minutes existent encore aux Archives départementales de la Gironde, portent sa signature (2). On regrette d'avoir à constater cette défaillance dans la vie de ce grand magistrat.

(!) Dom Devienne, Histoire de Bordeaux, édit. de 1771, p. 144. (s) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 103 et 164. Il signait de son nom de famille : I. (Jacques) Benoist.

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