CHAPITRE XXVI. 4M
seigneur de Cambes, avait été tué ('), sans quoi on s'expliquerait difficilement les horribles détails particuliers à l'arrêt dont nous allons citer les termes.
Rappelons auparavant que le château de Blanquefort, situé presque aux portes de Bordeaux, appartenait à Symphorien de Durfort, chef de l'armée calviniste (2).
Il va sans dire que Martin Montignac avait été, comme ses compagnons d'infortune, soumis à la question ordinaire et extraordinaire, et que, comme eux, il avait été traîné sur une claie dans les carrefours les plus abjects.
« D'après les confessions faictes par luy en la géhenne », il avait été déclaré, comme eux, « séditieux, rebelle, traître et infidelle au roy. »
« En ceste qualité, porte l'arrêt, Montignac sera mené sur le foussé Trompette et illec sur ung eschafault aura la teste tranchée et son corps mis à quartiers par l'exécuteur de la haute justice; et sera sa teste mise au boult d'un poteau qui sera posé et planté au devant la maison du seigneur de Cambes; et l'ung quartier porté et mis en hault de la tour du chasteau de Blanquefort, au lieu le plus éminent, et les autres quartiers aux lieux acoustumés de la dite ville » de Bordeaux (3).
On juge quel effet dut produire cette hideuse boucherie sur une foule déjà fanatisée!
L'arrêt porte la signature du premier président et celle du rapporteur, le conseiller Charles de Malvin.
Les biens des trois condamnés étaient, d'après les termes de l'arrêt, confisqués au profit du roi.
La situation des calvinistes paisibles, dont le nombre à Bordeaux s'était fort augmenté depuis l'Édit de janvier,
(') François de Pellegrue, seigneur d'Eymet et de Cambes, était fils de Galienne de Monluc. (Voir pages 386 à 388.)
(*) L'abbé Baurein, Variétés bordelaises, t. III, p. 207 à 269. Symphorien était le second lils de « noble et puissant seigneur Jean de Durfort, seigneur de Duras et de Blanquefort, et de Jeanne Angevin, damoiselle; il devint seigneur de Blanquefort par la mort de son frère aîné, qui précéda celle de son père.
(s) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 163. « Le dict jour le dit arrest a esté exécuté en ce qui concerne la peynede mort du dict Montignac. (Note du greffier Pontac.)
devenait des plus difficiles; l'épouvante régnait dans leurs l'ainillcs, qui passaient une partie de la nuit à invoquer le secours de l'Éternel.
Un fait d'une extrême gravité contribuait à augmenter leurs appréhensions : le syndicat créé par l'avocat Jehan de Lange et par Thomas de Ram venait de se reconstituer, malgré les défenses formelles de Charles IX et de sa mère. Il serait plus juste de dire qu'il n'avait jamais cessé d'exister.
Le 15 juillet, c'est-à-dire le lendemain des trois exécutions capitales dont nous venons de parler, la demande d'autorisation fut présentée par quelques-uns des membres les plus influents de cette société secrète au grand sénéchal <le Guyenne ('). Cette procédure, ou plutôt cette comédie, ne manquait pas d'habileté, puisque Thomas de Ram était précisément le lieutenant du sénéchal; ce fut donc lui qui signa l'autorisation qu'il réclamait.
La requête ainsi revêtue de l'adhésion de la juridiction inférieure, fut présentée au Parlement, qui s'aperçut avec surprise qu'elle portait aussi l'attache de M. de Rurie.
Mais, dans l'intervalle, de nouvelles exécutions avaient eu heu. Parmi les nombreux huguenots qui remplissaient les prisons de la Conciergerie, se trouvait un « serviteur <iu capitaine Lansson», nommé Mathieu Jardomier. Arrêté sur l'ordre du prévôt des maréchaux, par son lieutenant Peucharry, il était accusé d'avoir porté les armes avec « les rebelles » commandés par M. de Duras, et plus particulièrement « d'avoir participé à la prise et au saccageaient de la ville de Saint-Macaire » (2).
Soumis à la torture, il avait fait quelques aveux.
Il fut donc, en vertu d'un arrêt du 1G juillet, «promené sur une charrette par les quarrefours accoustumés, » avec un écriteau portant ces mots : « Pour avoir esté au sac de Saint-Macaire. »
(!) Arch. municipales de Bordeaux, ms. : Extrait des registres secrets, et Bibliothèque municipale de Bordeaux, ms. 3G7.
(2) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 1(33.