‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 208 sur 310 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Après quoi, conduit devant l'Ombrière, il fut « pendu et étranglé » (').

A son exécution assistait « à genoux, en chemise, la tête découverte et les pieds nus », un malheureux procureur au Parlement, homme assurément très inoffensif, nommé Me Antoine Ménoyre. 11 avait « la Itart au col » et « tenait en ses mains un cierge de cire ardente » .

Torturé dans la salle de la géhenne, le pauvre diahle, à bout de forces, avait fini par se reconnaître coupable d'un délit imaginaire. Son seul crime était d'avoir fait des vœux pour le succès de ses coreligionnaires.

La Cour décida qu'après avoir fait amende honorable et assisté, comme il vient d'être dit, à l'exécution de Mathieu Jardomier, il serait à perpétuité « banni du royaume » avec défense d'y rentrer sous peine d'être pendu (2).

Le lendemain, 17, arriva la nouvelle du combat de Targon et de la victoire de Moulue. La population catholique et les gens du syndicat célébrèrent bruyamment cette bonne fortune sur les places et dans les faubourgs, et leur hardiesse s'en accrut d'autant. La farine et le pain atteignaient déjà des prix très élevés, mais le vin ne manquait pas.

Une irritation toujours plus grande se manifestait contre le premier président, dont la femme était accusée d'appartenir à la religion réformée.

Quelques colis contenant des étoffes et des ajustements, achetés par elle à un sieur Robin, étant arrivés à son domicile, la rumeur publique accusa M. de Lagebâton d'avoir reçu des caisses d'armes pour distribuer aux calvinistes. Une dénonciation dans ce sens ayant été portée au Parlement, la Cour s'en émut et nomma deux commissaires pour vérifier le contenu des colis.

Voici d'ailleurs le procès-verbal de visite.

(!) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 1G3.

(2) Idem, ibidem. « Le dit jour le dict arrest a esté exécuté en ce qui concerne l'amende honorable du dict Ménoyre, assistant à l'exécution du dict Jardomier. » (Note du greffier.)

«Ce jourduy xxie juillet mil vlxii, heure de quatre du » soir, Mes Jehan Alesme (') et Charles de Malvin (2), conseil- » lers du roy en la dicte Court, sont allez par ordonnance » d'icelle au logis de Messire Jacques Benoist de Lagebastott , » premier président en la dicte Court; appelé avec eulx par » ordonnance d'ycelle Jehan Cauteillc, clerc du greffe de la » Chambre.

» Et en allant au logis du dit sieur président, les dits » d'Alesme et de Malvin ont envoyé au logis de Philippe » Robin, marchand de la présente ville, {tour l'advertir qu'il » se trouvast à la dite heure au logis du dit sieur président » pour veoir faire ouverture de certains bahuts et d'une » caisse appartenant au dit Robin, estans au logis du dit » sieur président.

» Et estans les dits d'Alesme et Malvin en la salle hasse » du logis du dit sieur président, icelluy sieur président leur » a exhibé deux bahuts et une caisse en forme de halle, » couverts de toile, liés et pacquetés de cordes, que le dict » sieur président a dict appartenir au dict Robin, pour lo » présent, absent de la présente ville, « pour scavoir s'il >j » avoit aucunes armes. »

» Et après que le dit sieur président a déclaré n'avoir les » clefs des dits bahuts et caisse, ni pareillement Jehan » Raquin, serviteur du dit Robin illec présent, les dits sieurs » d'Alesme et Malvin ont ordonné que les dits bahuts et » caisse seront ouverts. »

Mais au lieu des armes que les commissaires du Parlement s'attendaient à trouver, les deux bahuts et la caisse ne contenaient que de la « toille d'Aulande, serges, camelots,

(!) Jean Alesme, jurisconsulte de talent, fut l'éditeur des Decisiones aureœ du président Boliier et l'auteur d'un livre dont le titre sui'tit pour indiquer ses tendances cléricales : Juris utriusque candidati declamatio in laudem sacerdotalis ordinis (1531). Il était conseiller lay depuis l'année 153i.

(2) Charljs de Malrin, dit de Came, était un homme de mérite dont le fanatisme religieux déparait les belles qualités. Il avait été lieutenant particulier dans la sénéchaussée d'Agenais. Quoique laïque, marié et père de famille, il fut en 1542 nommé conseiller clerc au parlement de Bordeaux. Son fds Godefroy de Malvin marqua parmi les hommes les plus lettrés de Bordeaux.

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