‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 209 sur 310 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

fatayne blanche, collets à usaige de femme, lapis verds et autre menue mercerie » (').

MM. d'Alesme et de Malvin durent se retirer assez confus.

Ils étaient loin cependant d'avoir perdu tout espoir de se débarrasser du premier président. Persuadés que ses convictions intimes l'avaient amené depuis quelques années à donner secrètement son adhésion à la Réforme, ils crurent — avec leurs amis de Baulon, Roffignac et consorts — qu'en exigeant des membres du Parlement une profession de foi catholique, ils amèneraient M. de Lagebâton, violenté dans sa conscience, à protester publiquement. On comptait sur ce moyen suprême pour obtenir du roi sa déposition, et du même coup celle des conseillers calvinistes, MM. de Valier, Dupont, Guérin, de Tustal, etc.

Le 17 juillet (2), toutes Chambres assemblées solennellement, le Parlement décida que les présidents, conseillers et autres officiers de la Cour, feraient une profession de foi basée sur les dogmes fondamentaux reconnus par la Sorbonne ou la Faculté de théologie de Paris, en 1543; que l'archevêque lui-même se soumettrait à cette ordonnance en qualité de conseiller-clerc.

Dans la séance du 24 juillet, les formalités de cette cérémonie furent réglées. Elle fut fixée au lendemain 25. Le premier président devait d'abord faire profession de foi entre les mains du second. A leur tour, tous les présidents de Chambre devaient déclarer leur orthodoxie devant M. de Lagebâton.

Mais à la grande surprise des assistants et à la rage des cléricaux, ce dernier ne fit aucune difficulté de déclarer hautement son adhésion pleine et entière à chacun des articles de foi de 1543.

Ce fut dans la chapelle du palais de l'Ombrière que se passa la cérémonie, précédée d'une messe solennelle.

(') Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Minutes des arrêts, portef. 103.

(*) Arch. municipales de Bordeaux, mss. : Extrait des registres secrets, et Bibliothèque municipale de Bordeaux, ms. 367.

Quand vint le tour de l'archevêque de déclarer son orthodoxie devant le premier président, Prévost de Sansac emporté pur l;i colère lil d'abord quelques difficultés ('). Mais comprenant qu'il allait mettre Ions les torts de son côté, il se soumit en maugréant.

Six présidents et cinquante-quatre conseillers, sans parler des greffiers et des gens du roi, signèrent leur profession de foi.

Fort de sa conscience et débarrassé de ces ennuis, M. de Làgehàton put s'occuper activement de l'affaire du Syndicat, dont il considérait l'existence comme fort dangereuse. Hâtons-nous (rajouter que la majorité des présidents et des conseillers partageaient son avis.

Que voulaient donc M. de Rofngnac et les autres membres de l'association? Concourir avec le Parlement et les autorités établies à la défense de la religion romaine, correspondre directement avec le roi cl lui dénoncer les entreprises des religionnaires (2).

« 11 semble, dit avec raison M. Boscberon Des Portes, qu'après tant de gages donnés à la cause catholique, le Parlement n'aurait pas dû s'attendre qu'ils fussent jugés insuffisants. Celte injustice de l'opinion cesse d'étonner quand on envisage l'état des esprits à cette époque. C'était assurément celui d'une très grande surexcitation des passions par l'antagonisme religieux, il ne manquait donc pas d'exaltés trouvant les pouvoirs établis trop tièdes au gré de leur effervescence personnelle, ni d'ambitieux épiant l'occasion de se substituer à eux. D'un autre côté, les Guises avaient, dit- on, organisé de longue main, dans plusieurs villes du royaume, des associations dont l'attachement à la

(') Abch. municipales de Bordeaux, mss. : Extrait des registres secrets. L'archevêque avait d'abord élevé la prétention de recevoir la déclaration de tons les membres du Parlement. Il avait dû céder devant la fermeté du premier président. « Et après les présidents, l'archevêque fit aussy la profession de foy entre les mains du premier président, ayant à cet effect deux conseillers pour ses vicaires, mais du commencement il fit quelques difficultés pour cela. » F» 63 r».

(2) Arch. municipales de Bordeaux, mss. : Extrait des registres secrets.

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religion dominante étail le prétexte ostensible et leur désir d'arriver au trône le but secret (*) ».

La majorité du Parlement ne s'expliquait pas comment la requête des «catholiques, manans et habitans » de Bordeaux, présentée à la Cour par M. de Marvin, se trouvait revêtue de l'autorisation et de la signature de M. de Burie, ennemi personnel de Jehan de Limite, dont les calomnies n'avaient eu d'autre but que de lui faire perdre sa charge de lieutenant du roi de Navarre.

L'arrivée de cet officier vint fort à propos permettre à la Cour de le questionner à ce sujet.

Burie n'avait guère la tète au Syndicat. Il accourait à Bordeaux chercher l'artillerie nécessaire pour faire le siège deMontségur et s'empressa de déclarer « qu'il n'avoil permis le scindiquat aux Bordelais que pour scavoir quelles forces il pourroit en tirer pour la garde de la ville. Il révoqua l'autorisation donnée précédemment, ajoutant qu'il alloit en référer au Boy » (2).

Les Commentaires de Monluc confirment cette arrivée de Burie.

« Nous arrestàmes qu'il s'en retourneroit à Bordeaux pour amener trois canons pour aller battre Monségur et les autres places que les ennemis tenoient au long de la rivière de Garonne, afin de faire venir vivres à Bordeaux, car ils estoient à la faim... Mais plus tost (avant) que de nous séparer, il fallut tourner visage vers Bourg parce qu'un des fils de Montandre (3) s'en estoit saisi, qui gardoit (empêchait) qu'aucuns vivres ne pouvoient descendre à Bordeaux par la Dordogne (4). »

Il s'agit ici de François de La Bochefoucault, qui, manquant de forces suffisantes pour défendre Bourg, abandonna cette place à l'approche de Monluc et de Burie, dont la

(1) Histoire du Parlement de Bordeaux, t. Ier, p. 153.

(2) Arch. municipales de Bordeaux, mss. : Extrait des registres secrets. François, fils aîné de Louis de la Rochefoucault, baron du Monténdre et de

Montguyon, (*) Commentaires, p. 253.

il 8 HISTOIRE DE LA RÉFORMATIOX.

cavalerie venait de traverser la Dordogne à la hauteur de Cubzac, et s'avançait vers lui.

Débarrassé de la crainte de la famine qui menaçait Bordeaux, le Parlement reprend le cours des exécutions capitales et des arrêts de mort.

Pour en finir avec l'affaire du Château-Trompette, il condamne près de cent accusés contumax à être pendus ou décapités. 11 va sans dire que Duras se trouve en tète de la liste.

Voici d'ailleurs les noms des principaux condamnés :

Symphorien de Dur fort, duc de Duras; Guy de Montferrant, baron de Langoiran; Jean de Donyssayi, sieur de Citran, et son frère Pierre de Donyssan, sieur de Gabaston; Jean de Leausse, sieur de Sarsins; Gaston de Castetja, sieur de Ruat; Jean de Lascours, sieur de Savignae, et ses deux frères, Bernard de Lascours, dit le capitaine Rossillon, et Mathieu de Lascours, dit le baron de Savignae; Joachim de Ségur, sieur du Grand Puch.

Les capitaines Boyentran, d'Auros, de Buat, frère cadet de Gaston, La Millier e, Fontpeyre, Peyrelongv.e, Malvirade, François Borderie, Pierre de Salignac, et Desportes, dit le capitaine Blanquefort.

Le pasteur Philibert Grené, dit La Fromentée; Denis Turpin, du Mas-d'Agenois; Louis Des Appas, contrôleur de La Réole, etc.

Viennent à la suite de riches marchands et leurs facteurs ou représentants de commerce, des courtiers, des maréchaux ferrants, des batteurs de monnaie, des orfèvres, des armuriers, des merciers, des chaussetiers, des marchands de chevaux, des hôteliers, des maîtres de jeu de paume, des taverniers, des chandeliers, des cordonniers, etc., etc. (').

Presque tous les gentilshommes qui figurent dans cet arrêt avaient des commandements dans l'armée calviniste

(') Cet arrêt, dont la minute manque aux Arch. départementales de LA Gironde, se trouve dans un volume manuscrit du Fonds de Brienne à la RiBLiOTHÈQUE nationale, n0 20G. Il a été reproduit par MM. Haag dans la France protestante avec quelques erreurs que nous rectifions.

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