CHAPITRE XXVI
et se souciaient assez peu de la condamnation qui les frappait ; mais les gens du peuple et les artisans, dont la vie est en quelque sorte rivée à leur atelier, à leur boutique ou à leur établi, furent arrêtés et soumis à la torture; quelques-uns furent fouettés de verges ; 'd'autres, enfin, exécutés sans miséricorde.
Savinien de La Roche et François Eyrault, arrêtés par ordre du prévôt royal, comme ayant participé tous deux « au saccagement de la ville de Bourg et autres lieux circonvoisins » avaient subi la question du brodequin. Condamnés à mort en raison de leurs aveux, ils furent pendus devant l'Ombrière, le même jour, 27 juillet (1).
L'arrêt qui les envoyait au gibet ordonnait en outre l'arrestation de onze calvinistes de la Saintonge ou de l'Angoumois, plus particulièrement compromis dans les derniers événements dont cette région avait été le théâtre (2).
Parmi les prisonniers de la Conciergerie prévenus d'avoir pris part à la conjuration du Cbàteau-Trompette, se trouvait l'un des avocats les plus éloquents du barreau bordelais, Jehan de Lauvergnac, et l'un des plus riches marchands de Bordeaux, Antoine Cassaigne; leurs biens avaient été mis sous séquestre.
Sur le rapport favorable de Me Geoffroy de Lachassaigne, la Cour décida, le 30 juillet, que les blés confisqués au premier seraient rendus à sa femme et à ses enfants, ainsi que les meubles nécessaires à leur usage.
Elle accorda trois jours au second pour citer ses témoins à décharge (3).
Le 4 août, elle usa de la même faveur envers le courtier de commerce Bernard Forthon (■*).
(•) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 163.
(*) Idem, ibidem. On en trouvera les noms un peu plus loin.
(3) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, porte!'. 1(33. Nous avons vu, page 377, que M. de Lauvergnac avait élé chargé par ses coreligionnaires de rédiger une protestation et de la présenter aux jurats.
(*) Idem, ibidem, portef. 1C>i.
Par contre, le même jour, elle se montra beaucoup plus rigoureuse pour un pauvre gabarrier nommé Bernard de Mussotc, qui, pour avoir tenu «des propos scandaleux» relatifs à la conjuration, fut « battu et fustigé par les carrefours accoutumés et sur le port» jusqu'à effusion de sangC).
Le 8 août, la ebambre de La Tournelle, présidée par M. do Lagebàton, condamne au dernier supplice Jehan Anydré (-) qui, soumis «avec persévérance» à de cruelles tortures, avait fini par avouer tout ce qu'on lui demandait, peut-être pour en finir. Sur le rapport du conseiller François de Baulon, la Cour ordonne que cet infortuné sera traîné sur une claie dans les rues de la ville, puis pendu et étranglé devant le Palais.
Le même jour, l'arrêt reçoit son exécution.
Le lendemain, le Parlement, moins sévère, fait remettre en liberté provisoire, sur sa parole, un ouvrier paveur, Cluilhem Caillau, dont la nature énergique avait résisté jusqu'au bout aux horribles souffrances de la géhenne. On décide que plus ample information sera faite à son sujet.
Le 41, il fait frapper de verges jusqu'à effusion de sang un maçon de Ruffec, domicilié à Bordeaux, Joachim de Gours, et le bannit à perpétuité du ressort de la Cour.
Dans la même journée, Germain Jay, accusé des crimes de « sacrilège et de lèze-majesté », est, à la suite de la torture, traîné dans les carrefours et pendu (3).
Le 25 août enfin, la Tournelle, présidée par MM. de Lagc-
(*) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 164. Arrêt exécuté le même jour, 4 août, d'après une note du greffier Pontac.
(s) On trouve ailleurs Anytre ou Anytré.
(3) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Minutes des arrêts, portef. lGi. 11 y eut, en somme, parmi les malheureux qui furent exécutés à la suite de l'affaire du Château-Trompette, beaucoup plus de pendus que de décapités, c'est à dire bien inoins de gentilshommes que de gens du peuple. Les premiers, pour la plupart, échappèrent à la mort par une fuite précipitée; mais les ouvriers, les manœuvres, les artisans, dont la vie est en quelque sorte rivée soit à leur travail journalier, soit à leur boutique ou à leur établi, furent exécutés sans miséricorde.