CHAPITRE XXVII
Prise do Blanquelbrt par Burie. — Cruautés de Monluc en Amenais. — Pendaisons à Gironde et à Sauveterro. — Jonction des deux capitaines à La Réole. — Siège de Montsôgur. — Supplice du capitaine Héraud. — Entrée en France des auxiliaires espagnols. — Leur avant-garde débute à Bazas par la crucifixion des calvinistes. — Prise et reprise de Bourg. — Marche de Monluc sur Agen. — La population protestante s'enfuit do cotte ville. — Atrocités commises à l'assaut du château de Penne. — Massacre des femmes protestantes par les Espagnols. — L'armée calviniste reçoit des renforts de la Saintonge. — Insuccès des huguenots devant Sarlat. — Jonction de Duras et de Marchastel. — Siège de Montauban par les troupes royales. — Attaques infructueuses des 14 et 15 septembre. — Burie et Monluc lèvent le siège après des pertes considérables. — Réprimande sévère de la reine-mère à Monluc pour ses pilleries et pour le meurtre d'un grand nombre do catholiques. — Lettre do M. de Birou. — Singulière justification de Monluc, olc.
Pendant qu'à Bordeaux le Parlement prononçait de nombreux arrêts de mort contre les calvinistes et que Burie s'emparait du château de Blanquefort (l), Monluc se portait rapidement sur Caumont, espérant peut-être y surprendre la reine de Navarre ; mais elle venait d'en partir, se dirigeant vers le Béarn. Il se rendit maître de cette place, y laissa quelques troupes et « monta droit à La Béole » (2).
« Je fus adverty, dit-il, qu'à Gironde il y avait soixante » ou quatre-vingts huguenots qui s'y estoient retirés lors de » la déroutte de M. de Duras. Je les fis attraper, et pendre » soixante et dix aux pilliers de la halle, sans autre céré- » monie; ce qui donna une peur si grande par tout le pays, » qu'ils abandonnèrent tout le long de la rivière devers
(') « Et avant le partement du sieur de Burie pour aller au dict Bordeaux, je lui remonstray que nous courions une grande fortune et qu'il seroit bon qu'il prinst le chasteau de Blanquefort qui estoit à M. de Duras pour sa retraicte et celle de sa maison et que je prisse le chasteau de Caumont ne que nous fismes. » MONLUC, Commentaires. Burie avait sous ses ordres M. de Seignan, vieil officier catholique, « capitaine des gens de l'Entre-deux-Mers. » Variétés bordelaises de l'abbé Baurein, t. III, p. 267 à 2G9.
(21 Commentaires, p. 253.
» Marmande et Thonens, où M. do Duras s'estoit retiré pour » y recueillir ses gens et refaire ses trouppes, et fut contraint » de se retirer vers la Dordogne. On pouvoit, ajoute-t-il avec » cynisme, coynoislre par là où j'estois passé, car par les » a7,bres, sur les chemins, on en trouvoit les enseignes. Un » pendu estonnait plus que cent tués » (*).
Voilà ce qui s'appelle parler nettement; nous avons dans ces quelques ligues un portrait de Moulue par lui-même et d'après nature. Tandis que lorsqu'il nous dit plus bas : « estant serviteur du roy et bon catholique, je faisois mon devoir, » c'est un hypocrite qui parle; c'est l'homme qui, peu de mois après, va trahir ce même Charles IX, auquel il vante sans cesse sa fidélité, et entamer des négociations avec le roi d'Espagne, pour lui livrer la Guyenne et les clés de la France. Ilàtons-nous d'ajouter que son catholicisme égale sa loyauté, comme nous le verrons bientôt.
Quoi qu'il en soit, il continue le cours de ses exploits; il laisse à chaque étape les traces sanglantes de son passage. A Sauveterre -de- Guyenne (2), il fait prisonniers, sans combat, quinze ou seize calvinistes et les fait pendre, «sans papier ny encre et sans même les vouloir escouter, car ces yen s parlent d'or (3). »
Burie venait d'arriver à La Réole avec l'artillerie qu'il amenait de Bordeaux. Monluc et lui commencèrent le siège de Montségur, petite ville dont le nom seul indique la forte position stratégique. Elle était d'ailleurs défendue par de solides murailles et par cinq ou six cents hommes de bonnes troupes (4) commandées par un vaillant huguenot, le capitaine lléraud, ancien frère d'armes de Monluc en Italie.
L'artillerie, dirigée contre l'une des portes, ouvrit le feu dans la nuit du 31 juillet (5). Les assiégés répondirent
(l) Commentaires, p. 253.
(-) Sauveterre-de-Guijenne, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de La Réole, à 14 kilomètres de cette ville. (3) Commentaires, p. 254.
(*) C'est le chiffre donné par AI. de Burie dans sa lettre à Charles IX du 7 août 1562 (Bibi.ioth. de SAiNT-PÉTERSisoruG). Monluc dit «sept à huit cents. » (•) Lettre de Burie au roi, du 7 août 1562.