‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 213 sur 310 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

tàgoureusement. Au point du jour, quelques arquebusiers, guidés par un enseigne nommé Vinas, commencèrent l'escalade de l'une des tours au moyen de la herse, «et se tirant par les mains les ungs les aultres entrèrent dans la ville ('), » sur la grand'place de laquelle catholiques et huguenots se livrèrent un combat acharné. Les premiers l'emportèrent enfin et les assiégés prirent la fuite. « La tuerie dura jusqu'à dix heures et plus, parce qu'on les cherchait dans les maisons (-). »

On compta les morts; leur nombre dépassait sept cents.

Ainsi s'exprime Moulue, qui termina cette boucherie par un trait hideux, dont il se vante avec sa forfanterie habituelle.

« Le capitaine qui commandait là, dit-il, s'appelloit le » capitaine Héraud, qui avoit esté de ma compagnie, à » Montcallier, un brave soldat s'il y en avoit en Guyenne, » et fut prisonnier; beaucoup de gens le vouloient sauver » pour sa vaillance, mais je dis que s'il eschappoit il nous » feroit teste à chaque village et que je connaissois bien sa » valeur; voy-là pourquoi je le lis pendre : il pensoit tous- » jours que je le sauverois, pour ce que je savois bien qu'il » estoit vaillant, mais cela le fit plustost mourir, car j'estois » bien asseuré qu'il ne se retourneroit jamais de nostre » costé, parce qu'il estoit fort opiniaslre et coiffe de ceste » religio)i : sans cela je l'eusse sauvé (3). »

Ce vaillant mais cruel soldat ne faisait pas même grâce à l'un de ses compagnons d'armes, à l'un de ses anciens officiers, dont il reconnaissait le courage héroïque. L'odeur du sang enivrait ce loup-cervier.

Dans sa lettre à Charles IX, en date du 7 août, Burie fait

(M Lettre de Burie au roi, du 7 août 150-2.

(s) MONLUC, Commentaires, p. 2ôô. « Et en fut pris quinze ou vingt seulement lesquels nous lignes pendre, et entre autres tous les officiers du roy et les consuls avec leurs ('happerons sur le col. Il ne se parloit point de rançon, sinon pour les bourreaux. »

(3) Commentaires, p. 255. Moulue portait un loup dans son blason seigneurial, dont voici la description : « d'azur au loup d'or (!); écartelé d'or au tourteau de gueules » (rouge).

au roi le récit de la prise de Montségur et confirme les détails donnés par Monluc.

« Le même jour, dit-il, pour ne point perdre de temps, nous envoyâmes sommer le château de Duras, qu'une lieue tout au plus sépare de Montségur.

» Et nous fut faicte response par les huguenots, qu'ils le gardaient pour le service de Dieu et du Roy et qu'ils ne nous connaissoient point (') ».

Sur quoi l'on mit les canons en batterie du côté le plus propice pour l'attaque, et la petite garnison, se voyant dans l'impossibilité de résister, se rendit à la condition d'avoir la vie sauve.

Burie annonçait à Charles IX que les auxiliaires espagnols offerts par Philippe II à Catherine de Médicis venaient de faire leur entrée en France; leur avant-garde, composée d'un millier d'hommes et commandée par don Diégo de Carbajas, venait d'arriver à Mont-de-Marsan (2).

Depuis longtemps, en effet, le roi d'Espagne proposait à la reine-mère le concours de ses troupes pour réprimer la Réforme; mais ces offres peu désintéressées avaient toujours été repoussées par la clairvoyante florentine, chez laquelle elles avaient même excité, dans le principe, la plus grande irritation.

Elisabeth de Valois écrivait à sa mère :

« Le roy mon seigneur vous supplie chastier les meschants » très instamment, et si vous avez peur, pour estre trop » grande quantité, que vous nous employez; car nous vous » baillerons tout : nostre bien, nos gens et ce que nous avons » pour soustenir la religion. Ou que, si vous ne les punissez, » vous ne trouviez point mauvais que ceux qui demanderont » secours au dit roi mon seigneur, pour garder la foy il » leur donne; il lui tousche autant qu'à personne, car estant

(') Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, pièce n°75, 1er portefeuille, dossier 98. Lettre de MM. de Burie et de Monluc au roi, datée du « Camp de Saint-Andras ».

(5) C'était le neveu de don Juan de Carbajas qui commandait en chef au nom du roi d'Espagne; Monluc le nomme « don Luis de Carbajac ».

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