CHAPITRE XXVII
» France luthérienne, Flandres et Espagne n'en seront pas » loin (') ».
Le premier sentiment de Catherine, devant cette défection inattendue de sa fdle, fut une colère qu'elle ne sut pas réprimer. Elle alla jusqu'à dire à l'ambassadeur d'Espagne:
« Mon fils et moi nous avons des forces pour nous faire » obéir; nous ne demandons le secours de personne. S'il » vient des gens pour se mêler de nos affaires, j'y mettrai » bon ordre et je saurai les chasser (-). »
Mais ce premier accès de colère une fois calmé, elle comprit qu'il fallait dissimuler le vif ressentiment qu'elle éprouvait contre ces catholiques français, ces rebelles qui entretenaient des relations secrètes avec le plus mortel ennemi de la France. Élevée dans les principes de Machiavel, elle s'adoucit en apparence, écrivit à sa fille et autorisa l'entrée par Bayonne des 3,000 auxiliaires espagnols, aux ordres de don Diego de Carbajas.
Le 7 août, nous l'avons dit, leur avant-garde, composée de 1,000 hommes, était à Mont-de-Marsan (3). Appelé sans doute par les catholiques de Bazas, don Diégo, qui la commandait, se détourna de sa route pour gagner cette ville. On se rappelle qu'elle était au pouvoir des calvinistes depuis le mois de décembre de l'année précédente ; un grand nombre de ceux-ci furent arrêtés et crucifiés sur la place publique en réparation des outrages faits à celui qui, sanglant et cloué sur la croix, priait Dieu pour ses bourreaux et s'écriait généreusement : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font (■'). » Il est triste de penser que les
(') Bibliothèque NATIONALE : Fonds français, vas, 3902, f° 7(3. Lettre autographe signalée par M. Forneron dans sa remarquable Histoire de Philippe II, t. I", p. 255. (Paris, E. Pion, 1881.)
(2) Bibi.iotii. nationale : Fonds français, ms. 3'J02, f° 70. Lettre autogarphe.
(3) Bibliothèque impériale de Saint-Pétersboubu. Lettre de MM. Bnrie et de Moulue au roi, citée plus haut.
(') J.-G. Dupuy, Chronique de Bazas, anno 15G2. — Copiai auxilariaeab Hispanorum rege in gratiam Francorum régis tnissae divertunt Vazati, quo factura ut magist.rat.us Vazatensis illo preesidio munitus, multos calvinistas qui superioris sacrilegii fuerant participes, publiée in platea civitatis in cruce agi jusserit. » (Voyez Arch. historiques de la Gironde, t. XV, p. 57.)
(5) Évangile selon saint Luc, ch. XXIII, vers. 34.
protestants de Bazas furent, nomme tant d'autres, torturés au nom de celui dont ils se disaient les disciples.
Pendant que Burie et Monluc s'emparaient du château de Duras, ils reçurent la nouvelle de l'occupation de Bourg-surmer, dont s'étaient rendus maîtres les quatre fils du seigneur de Pons, avec quelques autres gentilshommes de Saintonge. La position de cette ville, située près du hec d'Amhès, à la jonction de la Dordogne et de la Garonne, lui donnait une importance exceptionnelle, puisqu'elle commandait les deux principales al tères qui apportaient à Bordeaux l'alimentation et la vie. B était important de s'en emparer avant que le chevalier de Mirarnheau, François de Pons, qui avait pris le commandement de la place, eut le temps d'en réparer les fortifications.
Monluc et Burie se séparèrent, et tandis que le premier prenait la route d'Agen, dont la population catholique l'appelait à grands cris, Charles de Goucy se dirigea vers Cubzac, et, malgré la largeur de la rivière en cet endroit, réussit à faire passer, sans accident, sa gendarmerie sur l'autre rive.
A cette nouvelle, et sans attendre l'approche des troupes catholiques qui s'avançaient rapidement par la rive droite, François de Pons et ses frères s'enfuirent précipitamment du côté de la Saintonge avec les troupes dont ils disposaient. Mais Burie, prévenu par des émissaires, avait détaché de son petit corps d'armée la compagnie commandée par M. de La Rivière, avec ordre de poursuivre les fuyards (1). Ce gentilhomme mit une telle promptitude à remplir cette mission qu'il atteignit leur arrière-garde commandée par le jeune Antoine de Pons, sieur de Verneuil (-), lui tua soixante ou quatre-vingts hommes et le fit lui-même prisonnier.
Conduit à Bourg, sous bonne escorte, Verneuil fut remis entre les mains du procureur général et de deux conseillers
(') Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg. Lettre de MM. de Burie et Monluc au roi, du 7 août 1502. Ce nom de La Rivière était en Guyenne celui d'un grand nombre de gentilshommes appartenant aux deux camps.
(*) C'était le troisième des fils du baron de Mirambeau.