CHAPITRE XXVII
au parlement de Bordeaux, qui l'amenèrent dans cette ville où il fut incarcéré (').
En transmettant à Charles IX cette bonne nouvelle, Burie annonçait au roi son intention de repasser la Dordogne et de marcher sur Sainte-Foy, pour faire le siège de cette place, « sy M. de Duras, écrivait -il, se veult montrer bon cappitaine, il le pourra faire pour empêcher que nous ne la prenions. Mais nous croions qu'il prendra patience et taschera de sauver sa vye, comme il a faict jusques icy, car il n'est nouvelle qu'il veuille attendre le combat. »
Symphorien de Durfort, en effet, semblait justiiier cette raillerie. Devenu très circonspect depuis sa défaite de Targon, il tenait la campagne à la tête des réformés de l'Agenais et du Périgord, serré de près par Monluc, mais évitant avec soin tout combat décisif avec son redoutable adversaire. Ses forces consistaient en vingt-trois enseignes d'infanterie et treize cornettes de cavalerie, appuyées par quelques pièces de canon.
C'est avec cette petite armée qu'il s'empara momentanément de Lalinde (2) et de Saint-Astier (3). Mais forcé d'abandonner ces deux bicoques, il se retira sur Sainte-Foy, Bergerac et Tonneins. A peine était -il sorti de Bergerac, que le duc de Montpensier vint s'y établir avec quatre cents gendarmes (l).
Duras, s'avançant au cœur de l'Agenais, détacha de son armée Pardaillan et les trois frères Savignac (5), pour se porter au devant des renforts que Jacques de Pons-Mirambeau lui amenait de la Saintonge. Appelé par les calvinistes
(') Bibliothèque impériale de Saunt-Péteusbourg. Lettre de M. de Burie au roi, déjà citée (7 août 1562.)
(2) Lalinde, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Bergerac et à 24 kilomètres est de cette ville.
(3) Saint-Astier, sur l'Ille, siège d'une ancienne chàtellenie qui comprenait dix-huit paroisses; aujourd'hui chef- lieu de canton de l'arrondissement de Périgueux.
(*) Arch. municipales de Bergerac. Louis de Bourbon-Montpensier, vaillant capitaine et cruel ennemi des protestants; c'était le frère aîné du prince de La Roche- sur-Yon. Il ne parlait que de pendre et poussait la haine des huguenots jusqu'à la férocité.
(5) De Lascours ou de Lescure, seigneurs de Savignac en Fronsadais.
d'Agen que menaçait .Moulue, et qui lui avaient député Sylve de Lescale (') pour lui demander secours, il fit partir on avant le capitaine Truelle avec sa compagnie. Cet officier ayant eu l'adresse de se procurer un certain nombre de bateaux, remonta la Garonne et posta ses hommes dans un faubourg situé sur la rive gauche, par lequel les troupes de Monluc harcelaient sans relâche la ville d'Agen.
Une partie des arquebusiers huguenots fui établie dans une chapelle, où, malheureusement pour eux, ils trouvèrent du vin, ce qui les perdit. Surpris par le capitaine Bourg, un des officiers de Monluc, soixante d'entre eux plongés dans l'ivresse et le sommeil furent impitoyablement massacrés.
Mais le lendemain, Truelle prit sa revanche : .ayant fait tomber dans une embuscade un pareil nombre de soldats catholiques, conduits par un sergent-major, il les égorgea jusqu'au dernier (2).
Dans l'un et l'autre cas, hélas ! c'était l'appauvrissement des forces vitales de la France, c'était son sang qui coulait à Ilots, à la grande joie de nos ennemis du dehors.
Cependant, l'armée de Monluc s'avançait rapidement sur Agen, par Marmande, Tonneins et Clairac. Elle traversa le Lot à Aiguillon, où cette rivière vient mêler ses eaux à celles de la Garonne, et continua sa marche de nuit sur la rive droite du fleuve. L'astucieux vainqueur de Targon, dont la cervelle était toujours riche en ruses de guerre, avait emprunté des jurats de La Réole trois pièces de canon qu'il faisait tirer à « contre-mont » (3), c'est à dire d'aval en amont et dont les sourdes détonations portaient l'épouvante dans la population calviniste d'Agen.
Monluc estime que les protestants n'étaient pas moins de trois à quatre mille. Maîtres de la ville depuis plusieurs mois, ils tenaient sous les verroux, par prudence et par
(!) C'était l'un des fils du médecin Jules-César de Lescale, dont il a été maintes fois question dans les premiers chapitres de ce livre, et le frère du célèbre Joseph Scaliger; tous deux avaient fait leurs études à Bordeaux, au Collège de Guyenne
(2) De Thou, Histoire universelle, t. III, p. 318.
(3) Monluc, Commentaires, p. 256.