‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 216 sur 310 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

nécessité, leurs plus mortels ennemis : l'ancien consul Martial de Nort, le chanoine Lalande, le juge-mage Hermann Sevin, Pierre Redon, lieutenant principal de la sénéchaussée d'Agenais et même, s'il faut en croire l'auteur des Commentaires, les consuls en exercice (').

Saisis d'épouvante à l'approche de Monluc et de ses bourreaux, « et voyant Ibien qu'ils n'étaient pas en état de se défendre, ils remirent les clés de la ville entre les mains des consuls, et partirent sur le soir au nombre de six cents avec leurs femmes et leurs enfants (2). » Ces malheureux, ayant marché toute la nuit et toute la journée du lendemain, atteignirent enfin la petite ville de Tournon (3), où ils se réfugièrent momentanément.

Duras était à Penne, sur la rivière du Lot. Laissant dans cette ville une faible garnison sous les ordres d'un capitaine bordelais nommé Liouran ou Livran, qui remplaça dans son commandement le sieur de Catus, il se porta de sa personne à Tournon, où il plaça comme gouverneur M. de Saint-Avit, puis il rentra dans le Quercy afin de se rallier à Marchastel.

Le 15 août, sur sa route, il enleva Lauzerte (4) dont le château ne pouvait offrir longue résistance. Emporté par la colère, il châtia rudement les habitants pour le meurtre du sieur de Montlausun, « homme de grande piété, de vie irrépréhensible et de doux esprit (s). »

A Saint-Antonin (°), où il opéra sa jonction avec Marchastel, il fut instruit des atrocités commises à la prise du château de Penne, que Monluc, dans ses Commentaires, raconte avec les plus grands détails.

(') Monluc, Commentaires, p. 256.

C2) De Tiiou, Histoire universelle, t, III, p. 318. Le premier consul d'Agen était, en 150)2, maître François de Caliusières, avocat.

(3) Tournon, petite ville de l'Agenois, aujourd'hui chef- lieu de canton de l'arrondissement de Villeneuve-sur-Lot, à 26 kilomètres est de cette localité.

(4) Lauzerte, petite ville du Quercy, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Moissac (Tarn-et-Garonne).

(5) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. II, p. 775. Haag frères, La France protestante, article Durfort.

(6) Saint-Antonin, en Quercy, au confluent de la Bonette et de l'Aveyron, aujourd'hui chef- lieu de canton de l'arrondissement de Montauban, à 40 kilomètres nord-est de cette ville.

Les trois compagnies espagnoles, commandées par don Diego de Carbajas, étaient enfin arrivées, depuis peu de jours, pour renforcer l'armée catholique; le massacre des femmes et des filles protestantes fut leur premier exploit.

Le vieux caste! de Penne, vaillamment défendu par les huguenots, et par Liouran qui les commandait, ne fut enlevé qu'après des efforts inouïs. La place, nous dit Monlue, était « forte d'assiette et de structure». Burie, qui commandait l'artillerie et fit bravement son devoir, dirigea contre elle «plus de trois cents coups de canon», ^fallait prendre d'assaut successivement chaque tour et chaque fortin. Les calvinistes, sachant bien le sort qui les attendait, se défendirent avec rage toute la journée * et, par deux fois, dit Monluc, repoussèrent nos gens jusque sur la brèche », de telle sorte que e plus de cinq cens hommes, espagnols ou gascons, furent renversés sur les eschelles ou par terre» (').

Le capitaine Liouran, désespéré de n'avoir pu sauver la ville, se fit tuer sur la brèche.

« Et ne trouvasmes dans la basse-coitrt, ajoute Monluc, que femmes et filles; tout en estoit remply jusques aux

estaWes ÂFow faisions descendre les femmes par ce degré

de pierre, les Espagnols qui estoient dans la grande bassecour, au-dessous du degré, les tuaient » (->.

De toute la garnison calviniste, trois hommes seulement furent sauvés. Voilà, dit Monluc en terminant, la prise de Penne... où plusieurs mauvais garçons (*) furent dépeschés, lesquels servirent à combler un grand puits bien profond qui estoit au chasteau. Cet acte barbare ne trouva que trop d'imitateurs.

En Quercy, Duras manquait de cavalerie pour surveiller

O Commentaires, p. 257; Histoire ecclésiastique des Églises réformées

t. II. p. j S. -

<*) On rerra, plus loin, que plusieurs de ces infortunées se défendirent avec I énergie du désespoir et blessèrent leurs bourreaux qui furent envovés à bordeaux pour s"y faire soigner.

(*> Les survivants, qui s étaieqt rendus à la condition d'avoir la vie sauve et qui furent massacres. ^

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