CHAPITRE XXVII
les mouvements de l'ennemi, ce qui exposait son infanterie à de continuelles surprises. Instruit de son embarras, La Rochefoucault beau-frère <le Coudé, chargea le capitaine Du Uordet, (2) de lui amener une partie de la cavalerie qui, dès le commencement de la guerre, s'était rangée sous ses drapeaux.
Du Bordet, auquel on ne saurait refuser certaines qualités remarquables, était un officier d'une bravoure éprouvée, mais sans jugement et d'une excessive vanité. Au lieu d'accomplir rapidement l'importante mission que venait de lui confier La Rochefoucault, il perdit beaucoup de temps à Pons, à La Linde, à Saint-Astier et surtout à Sarlat, dont il voulut s'emparer. Mais il échoua dans son entreprise, et cet échec l'irrita vivement, ce qui eut pour l'armée protestante les plus fatales conséquences.
Ce fut à Gourdon (3) que Du Bordet, suivi de Pardaillan et des frères Savignac, rejoignit l'armée de Duras. Le faible secours qu'il amenait à ce dernier consistait en GO gendarmes, 200 arquebusiers à cheval et deux compagnies d'infanterie. Il lui apportait en outre l'ordre de mettre sans retard ses troupes en mouvement et de rejoindre à Orléans le prince de Condé.
Malheureusement, au lieu de lui conseiller d'obéir à cette injonction, Du Bordet, poussé par une sotte vanité, sut persuader à Duras de châtier d'abord les habitants de Sarlat qui avaient osé lui fermer leurs portes, et comme ce dernier manquait d'artillerie, il fallut s'en procurer à Montauban.
Moulue, avec cette merveilleuse rapidité d'action que possèdent seuls les plus habiles stratégistes et qui leur fait
(1) François, comte de La Rochefoucault et de Roucy, prince de Marsillac, chevalier de l'ordre du roi, fils de François de La Rochefoucault et d'Anne de Polignac, avait appris le métier des armes en Piémont et s'était signalé au siège de Metz.
(2) Gentilhomme de la maison d'Acarie, famille saintongeaise de première noblesse. C'était le frère du capitaine Rournégoux qui brûla, plus tard, l'église de Lormont à la vue des bordelais épouvantés. (Voyez p. 14, note 3.)
(') Gourdon, sur la Bleue, ville du Quercy ; aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement du département du Lot, à 44 kilomètres nord de Cahors.
43 i- HISTOIRE DE LA RÉFORMATION.
deviner plutôt qu'entrevoir les fautes de leurs adversaires, sut profiter de ce retard.
Craignant pour Cahors, dont la prise par les huguenots était imminente, il lit partir Saint-Orens ('), avec ordre de ne s'arrêter ni le jour ni la nuit, car l'extrême sécheresse de l'été de 1562 avait rendu tari le le passage des rivières. Cet officier mit une telle promptitude à faire la route, que lorsqu'au point du jour les calvinistes arrivèrent sur les bords du Lot, qu'on traversait à pied sec, ils aperçurenl avec stupéfaction les argoulets de M. «le Saint-Orens sur la rive opposée.
Pendant ce temps, Burie, avec deux couleuvrines et quatre pièces de campagne qu'il avait amenées de Bordeaux, marchait sur Moissac(2), Puycornet (3) et Mirabel(4), que Duras venait d'abandonner pour se rendre à Montauban, mais en laissant à Caussade et Réalville quatre cornettes d'arquebusiers à cheval et deux enseignes d'infanterie.
Ce sont ces troupes que Monluc envoya reconnaître et qu'il brûlait de combattre. Mais il ne put, malgré ses instances, décider M. de Burie à partager son avis.
La division se mit entre les deux chefs. Monluc, dont l'ardeur s'accordait mal avec la prudence de Burie, avait peine à dévorer sa colère et lit part de ses griefs à M. de Malicorne, qui venait d'arriver avec ordre de Charles IX de voir, de ses yeux, comment les choses se passaient dans le Midi.
Monluc, en dépit de la défense de Burie, lieutenant du roi, descendit dans la plaine avec sa compagnie, celle du roi de Navarre et celle du maréchal de Termes, commandées
C1) Antoine de Tilladet, sieur de Saint-Orens ou Sainctorens.
(2) Moissac, sur le canal latéral à la Garonne et sur le Tarn ; aujourd'hui BOUSprélecture du département de Tarn-et-Garonnc
(3) Puycornet, sur un coteau qui domine le confluent du Lemboulas et du petit Lembous, aujourd'hui commune du canton de Molières, arrondissement de Montauban.
(*) Mirabel, aujourd'hui commune du canton de Caussade, arrondissement de Montauban.
(s) Caussade, sur le Candé, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Montauban (Tarn-et-Garonne).