‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 218 sur 310 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

par le capitaine Arné et le capitaine Masses. De leur côté, les huguenots vinrent se former en bataille sur les bords d'un ruisseau qui séparait les deux corps d'armée. Pendant quatre mortelles heures Monluc attendit, mais en vain, que M. de Burie se décidât à le rejoindre. Comme il se retirait avec ses yens, en désespoir de cause, il eut le déplaisir de voir les casaques blanches du capitaine Bordet traverser le ruisseau comme pour le narguer (').

La colère l'étouffait, et il avoue qu'il n'était pas en son bon sens quand le soir il reçut de Burie l'invitation de se rendre à la séance du conseil présidée par le lieutenant du roi. « Je lui remontrai, dit-il dans son langage énergique et brutal, la coyonnade que nous avions faite (-). »

« Nous estions tous en peine de luy, dit-il en parlant de » Burie, parce qu'il avoit toujours eu réputation de com- » battre, estant estimé bon capitaine, de quoy il avoit faict » preuve en beaucoup de lieux; et nous le trouvions si dur » et si lent, qu'il semblait à un chacun qu'il voulust fuyr » le combat et donner moyen à l'ennemi de se sauver; de » façon que plusieurs le soupçonnaient à cause que presque » tous ses serviteurs, mesmement un sien secrétaire qu'il » aymoit, estoient huguenots (3). »

Ce sont là des insinuations malveillantes; des huguenots, il y en avait partout en loG'i, et il y avait bien peu de familles dont quelques membres ne fussent atteints de cette maladie, si c'en était une. Monluc en savait quelque chose, puisque l'un de ses frères, l'évèque de Valence, était accusé de pactiser avec l'hérésie.

Burie, homme d'un âge mûr et d'une grande sagesse, comprenait précisément que les idées de la Déformation avaient conquis beaucoup d'intelligences, et qu'une seule

(1) Commentaires, p. 260.

(2) Idem, ibidem.

(*) Idem, p. 259. D'après Théodore de Bèze, ce fut Burie qui proposa de livrer bataille. « Monluc, au coniraire, n'en vouloit point manger, distant qu'ils auroienl à faire à gens désespérés et qu'il falloit attendre meilleure occasion » (f. Il, p. 77'J). .Mais le fait est peu probable, et nous acceptons de préférence la version de Monluc,

bataille perdue par l'armée catholique aurait eu des conséquences incalculables et changé peut-être la religion ilu royaume. C'est pourquoi ce fidèle serviteur du roi ne voulait combattre qu'à bon escient.

Cependant l'armée calviniste, suivie de près par la cavalerie de Monluc, venait d'atteindre Montauban \e9 septembre, après avoir couru les plus grands dangers au passage de l'Aveyron, où quelques soldats de l'arrière-garde de Duras se noyèrent par manque de sang-froid.

Ce capitaine, persuadé que son devoir était de renforcer à Orléans l'armée de Condé, joignit ses instances à celles de Marchastel pour décider les Montalbanais à renoncer à leurs projets de résistance. Mais ceux-ci, redoutant la barbarie de Monluc, se soulevèrent lorsqu'ils apprirent que Duras allait enlever toute l'artillerie qui se trouvait dans la ville.

On s'échauffa de part et d'autre, et quelques jours se passèrent en pourparlers. Le 14, Burie et Monluc étaient déjà sous les murs de la place, avec vingt-neuf enseignes d'infanterie, trois d'Espagnols et neuf cornettes de cavalerie, appuyées par treize pièces de divers calibres.

L'attaque de ce jour-là fut très vive et la perte égale des deux côtés. Loppes, Cargoles, La Gacherie et quelques autres capitaines huguenots furent tués. Jean Mazier, de Montauban, bien que percé d'un coup d'épée, parvint à se sauver en traversant la rivière à la nage.

Le lendemain, les catholiques furent encore repoussés; mais les Montalbanais laissèrent sur la place Sapientis et La Moynerie. Le brave capitaine Truelle fut au nombre des blessés. Dans ces deux combats, les pertes de l'armée royale s'élevèrent à cinq ou six cents hommes. Les huguenots, grâce à leur position retranchée, n'en perdirent pas plus d'une trentaine (*).

Monluc et Burie, découragés, levèrent le siège le 17.

(') Histoire de Montauban, par H. Le Bret, prévôt de l'église cathédrale de cette ville en 1668. Édit. de 1841, publiée à Montauban par l'abbé Marcellin et Gabriel Ruck.

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