CHAPITRE XXVII
Duras et Marchastel, cédant aux prières des habitants de Montauban, restèrent encore quelques jours dans la place; mais, le 22, fatigués des malencontreuses sollicitations du capitaine Bordet, ils se mirent en route avec deux pièces de canon pour faire le siège de Sarlat.
C'était une faute capitale, dont Burie s'empressa de profiter, en recommençant l'attaque des faubourgs de Montauban.
Chemin faisant, Duras s'empara du château de Mercuès en Quercy, lit prisonnier l'évêque de Cahors, auquel appartenait cette résidence, et ne l'autorisa qu'à grand'peine à se racheter moyennant une rançon de 2,000 écus d'or.
Agen s'était rendu aux troupes royales; Lectoure, dont la garnison faisait des sorties continuelles, était encore aux mains des huguenots. Monluc, craignant pour ses deux seigneuries d'Estillac (l) et du Sampoy, chargea son fils, le capitaine Peyrot, de s'emparer de Lectoure avec le comte de Candale, Charles de Montferrant, Guitinières et Parron.
On le voit, la Guyenne était loin d'être pacifiée après plusieurs mois de guerre. Catherine de Médicis s'en plaignit amèrement à Monluc, qui s'empressa de rejeter la faute sur le lieutenant du roi.
« Il est vray, Madame, lui écrivait-il, qu'il y a trois ou » quatre mois que nous avons les armes à la main et que je » n'ay pu éteindre ni assoupir le feu; je vous respondray de » ma teste que si j'eusse esté seul à commander par deçà, » sans avoir compagnon qui m'entretaillast mes entreprises, » il y a deux mois que je serois mort ou le seigneur de » Duras défunt; mais d'autant que je cherche de combattre, » M. de Burie m'y contrarie et rompt entièrement mes » desseins. Voilà les allumelles qui tiennent tousjours le feu » allumé (2). »
(') Nous avons dit ailleurs que le château d'Estillac, situé sur une colline très élevée, dominait la plaine de la Garonne. Il appartient aujourd'hui à M. L.-O. de La Roche, qui recherche avec ardeur tout ce qui se rapporte à Biaise de Monluc.
(-) Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, Lettre de Monluc, citée par M. le comte II. de La Perrière.
La reine-mère, ù qui M. de Biron avait soumis ses griefs, reprochait encore à Moulue le pillage de plusieurs maisons de gentilshommes des deux partis et le meurtre d'un grand nombre de catholiques.
Hostile ;ï la Réforme, Armand de Gontaud n'approuvait pas les violences auxquelles avaient recours quelques chefs de son parti. Très écouté de Catherine, il lui conseillait prudemment do faire aux calvinistes certaines concessions, au moins apparentes. Aussi, reçut-il la mission de se rendre en Guyenne pour surveiller l'exécution des édits de pacifieation
Le 23 août 1562, avec une franchise toute militaire, il adressait à Monluc de trop justes plaintes : « Monsieur mon » cousin, lui écrivait-il, j'ay trouvé que j'ay esté mal traisté )> par mes terres en mon absence, car l'on a saquagé indifé- » remment tous mes subjects et mes maisons, et oultre ce » de grandes dixaines de meurtres et forcemens.
» Je suis fort assuré que de tous ceulx-là qui ont esté » tliués, sans forme de justice et saquagés, il n'y en a nul » qui ayent porté les armes contre le Roy ni aultrement, et » que de 28 ou trente paroisses que j'ay icy à l'entour, il » ne s'en trouvera dix hommes qui ne soyent catholicques. » C'est une estrange chose que l'on saquage la maison des » seigneurs qui sont employés et font service au Roy!
» Je vous supplye m'en voulloir faire faire raison, et en » escripre au cappitaine Masca, affin qu'il monstre vostre »■ lettre à ceulx qui sont avecques luy, ensamble au seneschal » de Perigord; il a deux capitaines avec luy qui scavent » mieulx Testât de desroher et piller que non pas de gens » de guerre, et qui méritent, longtemps y a, aultre chose » que ce qu'ilz ont (2). »
(2) M. de Biron, dans sa lettre du 23 août, parle d'un édit signé peu de temps auparavant pour laisser aux calvinistes la faculté de célébrer le culte dans leurs maisons.
(') Bibliothèque impériale de Saint-Pétersboihg, inss. Lettre publiée par M. le comte Edouard de Barthélémy dans le tome XVII des Archives mstorkjies de l.\ Gironde, p. 4.