‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 220 sur 310 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Il est certain que ces officiers étaient plus dignes de la potence que du collier de Saint-Michel. Leur condamnation, publiée à son de trompe, eût été d'un bon exemple.

Moulue, piqué au vif, ne tarda point à répondre à la reinemère pour se justifier de ces imputations. Mais il le fit d'une façon tout à fait particulière.

« Je puis vous certainement assurer qu'il n'y a maison de » gentilhomme qui ait esté saccagée, si ce n'est trois ou » quatre esquelles étaient la retraite de tous les séditieux, etc. » Et qu'est-ce que cela? Des bagatelles, en comparaison des » ravages des protestants!.... J'ay esté adverty que quelques- » uns ont avancé que ce que j'ay fait c'a esté pour m'enrichir, » et je puis dire que jusqu'à ce jour je n'ay demandé aucune » confiscation ni bien qui appartienne à gentilhomme, sauf » de quelques personnes de basse extraction et inutiles au » service de Sa Majesté, qui ont fait plus de mal que ceux » qui portent les armes (1). »

Monluc était rancunier par nature; il avait été froissé des récriminations de la reine-mère, qui lui cherchait chicane pour des bagatelles; il en conserva toujours le souvenir. Longtemps après cette époque, il écrivait dans ses Commentaires ces mots significatifs, qui se rapportent à Catherine de Médicis :

« Les grands ont quelquefois, et quand Dieu le veut, besoing des petits; ils faut qu'il reconnaissent qu'ils sont du monde : cette pauvre princesse en a eu sa bonne part. Il est parfois besoing qu'ils en sentent, car si tout leur vient à souhait, ils ne se soucient pas tant de ceux qui leur font service comme quand ils se voyent en affliction (2). »

(1) Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, Lettre de Monluc, citée par M. le comte H. de La Férière.

(2) Commentaires de Monluc, p. 21G. Bien que ces mots, écrits de longues années après les événements que nous venons de narrer, se rapportent plutôt à la mort d'Henri II, il nous semble y retrouver un vieux levain d'irritation.

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