CHAPITRE XXVIII
homme catholique, à la tète d'un certain nombre de seigneurs de la contrée, soutenus par les paysans « des communes » voisines. Mais à la nuit tombante, de Mesmes sortit de ses retranchements « avec une telle furie », qu'ayant traversé les lignes ennemies, il réussit à se sauver en Béarn avec les trois cents hommes qu'il commandait.
Par suite de l'imprudente sortie des frères Bugole, il ne restait plus dans Lectoure qu'une poignée de soldats huguenots; de Brimont, gentilhomme d'un grand courage, en prit le commandement, malgré les souffrances que lui causait encore une blessure reçue devant Terraube.
Le 22 septembre, Moulue, informé de ces détails par son fils, se présenta devant Lectoure avec six enseignes d'infanterie, trois compagnies espagnoles, plusieurs cornettes de cavalerie, quatre pièces de campagne et trois gros canons amenés par le capitaine Urtebie ('). Une multitude de paysans fanatisés ou avides de butin accouraient de toutes parts.
Le nombre des huguenots capables de porter les armes ne se montait pas à plus de cent, d'après l'historien de Thou. Mais on vit alors ce que peuvent quelques soldats énergiques commandés par un homme de cœur.
Le 26, on dressa les batteries sur une colline qui dominait la ville. Le mur d'enceinte était d'une telle solidité qu'il ne fallut pas moins de trois cents coups de canon pour ouvrir la brèche. Le capitaine Monluc, Clermont, Pourdéac et le comte de Caudale s'y précipitèrent suivis de toute la noblesse catholique, tandis que Monluc faisait escalader un fortin voisin de la brèche, par les embrasures duquel les calvinistes dirigeaient un feu terrible sur les assaillants.
La brèche prise, ces derniers se trouvèrent au bord d'une tranchée profonde, creusée par les assiégés derrière le terreplein. Emportés par leur ardeur, ils s'y précipitèrent coura-
(') De Thou, qui estropie assez habituellement les noms propres, le nomme Orlobie (Histoire universelle, t. III, p. 314). Le capitaine Drtebie, catholique, appartenait à la famille de Montréal-Monneins, qui existe encore en Béarn, et qu'il ne faut pas confondre avec les d'Alsatte-Urthubie.
geusement; mais une mine, préparée en cet endroit par les ordres de Brimont, ayant éclaté tout à coup, un grand nombre d'entre eux furent tués. Parmi ces derniers se trouvait le capitaine La Roque, vaillant soldat fort estimé de Monluc.
Les jours suivants, ce fut le tour d'Urtebie; blessé d'un coup de fauconneau, tandis qu'il se disposait à faire changer les batteries de place, il mourut quarante-buit heures après. Rien ne saurait [dépeindre l'état d'exaspération de Monluc à la nouvelle de ces deux événements.
Cependant, malgré toute sa bravoure, Brimont (') dut songer à capituler honorablement. Des otages furent donnés de part et d'autre. Mais par malheur, en cet instant, quelques coups de feu ayant été tirés par les huguenots sur les troupes catholiques, un gentilhomme nommé Gastels fut blessé mortellement.
Monluc, doublement irrité et persuadé qu'on en voulait à sa personne, donna l'ordre à Verduzan, guidon de sa compagnie, de se rendre à Terraube et d'y faire massacrer, en punition de cette perfidie, tous ceux à qui son fils avait promis la vie. Celui-ci ne s'acquitta que trop fidèlement de cette affreuse mission (2).
Les prisonniers furent dépouillés de leur argent et de leurs livres de psaumes qu'on brûla devant eux. Après quoi, ces malheureux furent tirés du monastère dans lequel ils étaient enfermés, attachés nus sous les bras par groupes de quatre ou cinq et massacrés à coups de dague, d'épée ou de pique, au nombre de deux cent vingt-cinq. Les soldats catholiques, joignant l'outrage à la cruauté la plus infâme, leur liaient des bouchons de paille sous les parties sexuelles et y mettaient le feu.
« Après cet horrible carnage, on les jetait tous dans un puits profond » .
(*) Il est compris, ainsi que son frère François de Brimont, sienr de Balansae, dans le terrible arrêt de mort rendu en 1569 contre les protestants de la Guyenne et de la Saintonge. (Voir tome II.)
(-) Th. de BÈ/e, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. II, p. 785.