‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 223 sur 310 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Quarante calvinistes dont on espérait tirer une rançon avaient seulement été conservés, mais dix furent encore tués. Les trente autres eurent leur grâce, ainsi que les frères Bugole. Si la version de Théodore de Bèze est la vraie, ces deux traîtres méritaient un autre sort. Ce fut, d'après Monluc, leur parenté avec Pierre d'Ossun (') qui leur sauva la vie.

Brimont, qui continuait à défendre Lectoure avec une constance et un courage héroïques, ignorait le massacre des calvinistes de Terrauhe. Un grand nombre d'habitants de la ville secondaient les efforts de ses soldats, partageant avec eux tous les périls; les femmes, par leurs excitations, soutenaient leurs maris, et de nuit ou de jour, quand leurs occupations le leur permettaient, faisaient faction sur les remparts ou se condamnaient aux plus pénibles corvées.

Le 2 octobre, les choses étaient toujours dans le même état. La place, attaquée par Monluc de quatre côtés à la fois, avait vaillamment repoussé les efforts des assaillants.

Cependant Brimont, poussé par la reine de Navarre, et cédant aux sollicitations d'une partie de la population, fit connaître à Monluc les conditions honorables auxquelles il consentait à rendre Lectoure. Et d'abord, que tous ceux qui voudraient quitter la ville « sortiraient, enseignes déployées, tambourin sonnant, avec armes, chevaux et bagage, en toute sûreté jusqu'en Béarn » ; 2° que les protestants ne seraient point inquiétés pour les choses passées, ni contraints d'aller à la messe et seraient libres de célébrer le culte dans leurs maisons, etc. (2).

Un dernier article concernait les prisonniers de Terrauhe, que Brimont croyait encore en vie.

Monluc accepta toutes ces conditions, y compris celle qu'il n'était plus en son pouvoir de tenir. Il fit mieux, il les signa conjointement avec tous les principaux capitaines de

(') Voyez au sujet de ce vieil officier et de son commandement à Bordeaux, chap. XVI, p. 211.

(2) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 78G.

l'armée catholique. L'original de cette pièce capitale pour l'histoire des guerres de religion existe encore à Saint- Pétersbourg (1).

Soit qu'il fût rassasié de sang par le massacre des protestants de Terraube, soit qu'il ait voulu faire honneur à la signature des officiers et des gentilshommes qui avaient apposé leurs noms à côté du sien, Monluc observa fidèlement tous les engagements contractés par lui.

Il se hâta d'envoyer à Charles IX la nouvelle de la capitulation de Lcctoure par M. Portai, trésorier-général des finances. Celui-ci rejoignit d'abord M. de Burie, dont les forces étaient campées à Bellevue (Belvès?) (2), surveillant les mouvements de l'armée calviniste fort rapprochée de lui. Duras avec ses meilleures troupes avait, depuis dix jours (3), entrepris le siège de Sarlat, tandis qu'une division de huguenots, restée sur la rive gauche de la Dordogne, fourrageait aux Milandes, localité située sur le bord de la rivière à une lieue de la ville.

Au moment où Burie se disposait à attaquer Duras, cinq cents hommes de l'avant-garde espagnole, commandée par don Diégo de Carbajas, se mutinèrent et « prindrent leur clw min pour s'en retourner en Hespaigne, sans aulcun cappilaine, enseigne, ny tabourin».

Cinq cents autres, il est vrai, le rejoignirent le lendemain « avec le seigneur don Loys et tous leurs cappitaines » , désespérés de cette rébellion. « De quoy, Sire, écrivait Burie, nous avons tous adverty le roi catholique, par le contador qui est allé devers Sa Majesté. »

(') Biaise de Moulue d'après sa correspondance inédite, par M. le comte H. de La Ferrière, p. 5.

(2) Belvès ou Belvez, ancienne place forte, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Sarlat. La ville et le castel, ayant chacun murs et fossés distincts, sont groupés au sommet d'un coteau escarpé.

(3; Et non pas depuis l avant-veille, comme l'écrit M. Edouard de Barthélémy.

(*) Arch. municipales de Bordeaux, mss. Documents pour l'histoire de Bordeaux et de la Guyenne, transcrits à Saint-Pétersbourg par M. Hovyn de Tranchère: Lettre de M. de Burie au r.n Charles IX, G octobre "15G2. L'analyse de cette pièce, imprimée par M. Édouard de Barthélémy, contient plusieurs erreurs graves; elle lui assigne la date du G août au lieu du G octobre. (ARCHIVES

HISTORIQUES DE 1.A GIRONDE, t. XVII.)

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