‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 226 sur 310 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

approbation. Puisque le vin est tiré, dit-il, «il le faut boire et combattre. »

Moulue et lui se donnèrent l'accolade et prescrivirent à leurs officiers d'être à cheval à la pointe du jour. « Toute la nuict, dit l'auteur des Commentaires, nous demeurasmes armés, nos chevaux sellés » .

Dès l'aube, en effet, les troupes se mirent en mouvement. Moulue, avec cinq compagnies de cavalerie, marcha sur Saint-Andras ('), que Symphorien de Durfort, sans se presser outre mesure, venait de quitter se dirigeant sur Vern.

C'était, au seizième siècle, un bourg d'une assez grande importance, dont les habitations rustiques s'étalaient au flanc d'un coteau qui les abritait contre les vents du nord, tandis qu'à leur pied se déroulaient de vertes prairies dont la largeur diminuait à mesure avec celle du riant vallon dans lequel tant de rudes soldats allaient trouver la mort.

Moulue donne l'ordre à Fontenilles, son gendre et l'un de ses meilleurs lieutenants, de se porter en avant avec vingt-cinq cavaliers, en ayant soin de s'arrêter « à l'entrée d'un petit bois situé au-dessus de Vern ». 11 fait prier M. de Buiïe d'arriver en toute hâte avec quatre pièces d'artillerie.

Averti de son approche, il part lui-même, ordonne aux trois compagnies de gendarmes Randan, Buiïe et LaVauguyon de rejoindre Fontenilles.

Mais les officiers qui les dirigent se trompent de chemin ou s'égarent à travers des plantations de châtaigniers, dépassant à leur insu le bois où se trouvait embusqué le capitaine Bordet Ce vaillant officier commande la charge et cent vingt cavaliers huguenots, la lance au poing, s'élancent à toute bride contre la gendarmerie de Monluc, qui se replie en désordre (3).

(*) Voyez Carte de la Guyenne, par M. de Belleyme, 17G8 à 1775, feuille n» 22.

(2) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Enlises réformées, t. II, p. 788.

(3) Moulue, Commentaires, p. 270.

« La cargue fut si rude, dit l'auteur des Commentaires, qu'un moment les trois compagnies furent ébranlées » .

Mais Fontenilles et d'Argence, par leur bravoure, arrêtèrent ce mouvement de recul. Monluc avoue que sans les efforts de ce dernier « tout aurait pris la fuite ».

Du Bordet, forcé de se replier à son tour, s'arrête à trois cents pas en arrière et reforme son escadron.

C'est alors seulement (pie Duras comprit qu'il avait derrière lui toute l'armée catholique, commandée par Monluc et Burie en personne.

Puch de Pardaillan ne perdit point la tête en ces circonstances difficiles. Jugeant avec beaucoup de sang-froid la gravité de la situation, il donna pour conseil à Duras de former en toute hâte l'infanterie en carré sur le lieu même, se servant comme défense ou retranchement des arbres qui pouvaient arrêter la cavalerie ('), de placer la sienne à l'aile droite du côté du vallon, l'artillerie en arrière des gens de pied, et d'accepter le combat dans ces conditions.

Mais Symphorien de Durfort n'en voulut rien faire; il préféra suivre l'avis du capitaine Bordet, qui soutint fort et ferme qu'en pressant la marche des troupes calvinistes, dont l'avant- garde avait traversé la rivière de Fille, on pourrait se dispenser de livrer bataille dans des conditions absolument désavantageuses.

En conséquence, et malgré les admonestations de Pardaillan, qui lui rappelait sagement qu'une armée en retraite est à demi-vaincue, Duras donna l'ordre au sergent-major de hâter la marche de son infanterie en retraite et par files ouvertes.

A Sainte-Hermine, commissaire de l'artillerie, il prescrivit de placer les canons entre les rangs ouverts et d'accélérer son mouvement de retraite le plus que faire se pourrait.

Il prit lui-même le commandement de l'arrière-garde, se

(') Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 788 : « dans les barrières qui étaient près d'eux sur le lieu » même où ils se trouvaient.

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