CHAPITRE XXVIII
cault, baron de Montendre ; le sieur de Gaumont et le jeune Duras, frère du commandant en chef (').
Le capitaine La Mothe, prisonnier de Bazordan, déjà blessé d'un coup d'épée et quatre jours après traîtreusement percé de coups de dague par Moulue, guérit comme par miracle.
Les atrocités commises par les Espagnols sur les femmes et les filles qui suivaient l'armée ne se peuvent raconter ici. Un certain nombre de huguenots prisonniers et tous les ministres qu'on put saisir furent pendus après la bataille.
Pendant que Burie et Monluc se dirigeaient sur Mussidan afin d'offrir au duc de Montpensier les drapeaux enlevés à l'ennemi, Duras, Marchastel et du Bordet, échappés tous trois à la déroute, ralliaient les débris de l'armée calviniste et cherchaient à gagner la Saintonge.
Si l'on en croyait Monluc, dont il faut au contraire toujours se méfier comme historien, la démoralisation de ces troupes était telle qu'à la moindre rencontre elles auraient de nouveau pris la fuite. Elles ne tardèrent pas à prouver le contraire.
Duras, averti par deux paysans que le capitaine Laumônière, « apostat, » l'attendait à Embornet (2) avec cinq cents hommes pour lui barrer le passage et pour achever sa défaite, franchit à la faveur de la nuit les trois lieues qui le séparaient de cette localité.
Arrivé dès l'aube à Embornet, il prend si bien ses dispositions, que Laumônière et ses soldats étaient enveloppés avant d'avoir pu se rendre compte de la présence des calvinistes.
Des cinq cents hommes qu'il commandait, trois seulement
(!) Duras avait deux frères : N. de Durfort, seigneur de Pnjols en Bazadais, et Arnaud de Durfort, seigneur de Villandraut; tous deux furent condamnés à mort avec soixante-treize autres protestants le 17 janvier 1570. (Arcii. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Minutes des arrêts; document publié par M. Roborel de Climcns dans le tome XIII des Arch. historiques de la Gironde, p. 423.
(2) Embornet (Y), peut-être Embourée ou Emburéc, hameau de la commune de Mussidan. {Dictionnaire topographique de la Dordogne, par M. le vicomte A. de Gourgues.)
se sauvèrent, tous les autres furent tués pendant le combat ou passés au fil de l'épée. Laumûnière lui-même partagea leur sort.
C'était là, comme de Thou le fait très judicieusement observer, une faible compensation du désastre de la veille, mais un exemple bien rare de valeur et de sang-froid chez des soldats en déroute, à peine remis de leur frayeur (').
Affaibli par les désertions, suite naturelle du découragement, Durfort ne comptait plus guère sous ses ordres que 2,000 hommes, mal équipés, que commandaient avec lui le jeune Duras, son frère, les deux Pardaillan et du Bordet, les seuls capitaines restés fidèles à sa fortune. Mais il ne perdit pas courage et réussit à gagner la ville de Saintes, où l'attendaient les plus chaudes sympathies (12 octobre).
Le comte de La Rochefoucault, beau-frère de Condé, assiégeait alors Saint-Jean-d'Angély. A la nouvelle du désastre de Vern, il leva précipitamment le siège, s'empara du passage de l'Isle-Jourdain (*2), dont l'importance était extrême et rejoignit Duras à Montmorillon (3). Il n'avait plus avec lui que quatre-vingts gentilshommes, trois cents argoulets et deux compagnies d'infanterie. C'est avec ces débris de son armée, réunis aux 2,000 hommes sauvés par Symphoiïen de Durfort, qu'il prit la route d'Orléans.
(!) De Tiior, Histoire universelle, t. III, p. 344.
(!) L'Isle-Jourdain sur la Vienne, au pied de collines dont la hauteur dépasse 200 mètres; aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Montmorillon (Vienne).
O Montmorillon sur la Gartempe, aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement du département de la Vienne.