‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 229 sur 310 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Continuation des supplices à Bordeaux. — Décapitation do Mathieu Le Breton, ancien capitaine du guet (10 septembre). — Interrogatoire de l'armurier Georges Claisse. — Gentilshommes détenus à la Conciergerie. — Fuite du baron de Chabannes-Curlon.

— Mort de Bernard Du Puy, d'Héliot Bouyer et de Jehan Guignard. — Arrestation, torturo et décapitation du pasteur Moïse Chasteigner (14 septembre). — Sa tête est portée à Castillon. — Craintes du Parlement. — Mesures de précaution. — Ordonnance de police du 10 septembre. — Discussions de la Cour avec M. do Vaillac, gouverneur du Château-Trompette. — Pendaison de Jehan do Moncla. — Arrestation à Mont-de-Marsan du pasteur Philibert Grené. — Sa condamnation à Bordeaux, son supplice et sa mort intrépide. — La nouvelle do la bataille de Yern arrive à Bordeaux.

— La Cour ordonna une procession solennelle.

Les conséquences de la défaite de Vern furent incalculables. Il n'est pas douteux pour ceux qui étudient sérieusement l'état des esprits à cette époque et la situation respective des partis, que si la bataille eût été gagnée par les calvinistes, la France entière devenait protestante.

La victoire remportée par Monluc permit au duc de Montpensier de disposer de toutes ses forces pour rejoindre l'armée royale, que le prince de Condé tenait en échec. On sait que, malgré ce renfort, François de Guise faillit perdre la bataille de Dreux; or, il est facile de prévoir ce qui fût arrivé si les huguenots avaient triomphé. Le prêche eût remplacé la messe. On s'y attendait en Guyenne.

L'auteur des Commentaires n'en fait point mystère. M. de Montpensier, dit -il, « avoit esté envoyé pour défendre et secourir la Guyenne et, par le gain de la bataille de Vern, il en emmena toutes les forces, » onze compagnies de gendarmes, y compris celle de M. de Sansac, et vingt-trois enseignes de Gascons ou d'Espagnols. « Et encore qu'il ne » faille pas qu'un homme se loue, je diray à la vérité que je » fis alors de plus grand service à mon roy et maistre que

» gentilhomme fit jamais Que la Ruyne motte la main

» sur sa conscience, je m'asseure qu'elle le confessera : elle » sçavoit mieux que tout autre la nécessité où les affaires » estoient, et combien cela incommoda les intelligences que » Monsieur le Prince avoit en Guyenne, de laquelle il faisoit » estât » (1).

Ces « intelligences » dont parle Monluc n'étaient pas tellement secrètes que les ennemis du prince n'en fussent informés. Les catholiques n'ignoraient pas qu'un grand nombre de hauts fonctionnaires et de gentilshommes de grande ou de petite noblesse n'attendaient, pour se déchirer calvinistes, qu'une occasion favorable; la bourgeoisie presque tout entière eût suivi leur exemple.

Quant au peuple, nous l'avons dit, il était à l'origine hostile à la Réforme dans le Bordelais, le Bazadais, les Lannes, le Périgord et l'Agenais. En Saintonge et dans l'Aunis, au contraire, il marchait avec elle ; surtout depuis que Guy de Chabot-Jarnac, gouverneur de La R.ochelle, qui depuis plusieurs années assistait au culte réformé, avait fait briser publiquement les statues des églises de cette ville (-).

A Saintes, dont La Rochefoucauld avait fait sa place d'armes, la population était calviniste de cœur; elle eût donné sa vie pour le triomphe de l'Évangile.

A Bordeaux, au contraire, le peuple, fanatisé par la propagande incessante du Syndicat, était en grande majorité hostile aux nouvelles croyances. Le Parlement, gouverné par la fraction cléricale, entretenait dans les masses le goût des supplices et du sang par des condamnations multipliées.

Revenons de deux mois en arrière, quelques semaines avant la bataille de Vern. Nous avons, dans un chapitre

(!) Monluc, Commentaires, p. 274.

(!) Guy de Saint- Gelais, baron de Jarnac, était fils de Charles de Jarnac et de Jeanne de Saint- Gelais. Il est célèbre par son duel avec le seigneur de Vivonne-la-Chàteigneraie. Voici comment il s'exprime dans sa lettre au roi,

du 15 juin 1502 : « Voyant une telle rumeur, aimant mieulx de deux

» maux le moindre et craignant plus grande émotion [populaire], j'ay » permis aux ministres de ceste ville faire mettre bas lus ymages, s'ils m'en » présentaient requeste, jusqu'à ce que par le Roy en eust été aultretnent » ordonné. » Bidliothèque impériale de Saint-Pétersboirg. Lettre autographe.

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