‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 230 sur 310 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

précédent, donné la nomenclature des exécutions capitales ordonnées par la Cour jusqu'au 25 août (').

La liste des malheureux soupçonnés d'avoir trempé dans le complot du Château-Trompette était loin d'être épuisée. La torture leur arrachait de prétendus aveux, trop souvent dictés par le désir d'abréger leurs souffrances.

Parmi les prisonniers qui se trouvaient encore enfermés à la Conciergerie du palais de l'Ombrière, on comptait quelques seigneurs de haute naissance : François de Chabannes, chevalier, comte de Rochefort et baron de Curton ; Antoine de Pons, écuyer, sieur de Verneuil, dont nous avons raconté l'arrestation, et Pierre de Ségur, seigneur de Boyentran. Le refus tardif de ce capitaine d'ouvrir aux conjurés l'une des portes de la forteresse, où il commandait sous les ordres de Vaillac, avait causé l'arrestation d'un grand nombre d'entre eux.

De ce nombre était un excellent officier, Mathieu Le Breton, ancien capitaine du guet, dont nous avons raconté la conversion d'après Théodore de Bèze (2). Un arrêt du Parlement l'avait révoqué de ses fonctions, avec défense « de porter les armes et de conduire par la ville aucune troupe de gens armés » (3).

Accusé d'avoir pris part à la tentative de Duras et de Pardaillan pour s'emparer du Château-Trompette, il avait courageusement supporté la torture, affirmant que le 2G juin il était absent de Bordeaux.

Sur sa demande, la Cour avait expédié Arnault Salinet, l'un de ses huissiers, dans les villages de Castres et de Beautiran pour quérir les témoins à décharge désignés par lui.

Malgré la déposition favorable de ces derniers, Mathieu

(*) La dernière était celle d'un gentilhomme nommé François de Monméja.

(2) Voyez p. 287 et 363; on le nomme parfois Vidault Lebreton ou Leberthon ; chargé par les jurats de dissoudre une réunion de religionnaires, il avait respectueusement attendu la fin de la prédication, dont il fut tellement touché qu'il abandonna l'Église romaine.

(3) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. IGï.

Le Breton, déclaré coupable par arrêt du 29 août 1502, avait subi la peine capitale (1).

Trois jours après, le 1er septembre, quatre autres protestants, accusés de «sédition et de conspiration », avaient dû comparaître à la barre du Parlement : Bertrand Beguey, Micheau Faure, François Predoux et Bernard du Puy.

Pour les trois premiers, la Cour, faute de preuves, avait remis à trois mois le prononcé du jugement. Le quatrième, déjà condamné à mort par le juge ordinaire de Saint-Macaire, avait interjeté appel.

Le Parlement confirma l'arrêt qui condamnait Bernard du Puy à la peine capitale, mais il décida qu'auparavant ce malbeureux serait soumis à la torture, pour lui faire avouer son crime et désigner ses complices; qu'en outre, il serait fustigé par deux fois, « jusqu'à effusion de sang, » sur la place publique de Saint-Macaire (2).

Parmi les nombreux prisonniers qui peuplaient encore les cacbots de la Conciergerie, se trouvaient quelques étrangers accusés d'avoir pris part au complot du Château-Trompette, mais contre lesquels il n'existait d'autres charges que la dénonciation calomnieuse d'une personne hostile.

De ce nombre était un armurier allemand, depuis longtemps fixé à Bordeaux. Il se nommait Georges Claisse, forme francisée du mot Kleiss et plus facile à prononcer pour les méridionaux. On l'avait arrêté sur la dénonciation d'un tanneur, « Guillaume Guyraud, demeurant près les Estudes des loys, » c'est à dire dans le voisinage de la Faculté de droit.

Georges Claisse réussit à prouver que ce Guiraud était son ennemi personnel, qu'il s'était vanté de « luy faire des-

(*) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 165. Ordre au receveur de la Cour de payer à Arnault Salinet, huissier, la somme de 48 sols tournois, « pour avoir, par ordonnance d'icelle, esté en lieux de Beautirau et Castres quérir les tesmoings qui ont esté oys en la dicte Cour pour le faict de l'alibi et justification de Mathieu Lebrethon, jadis capitaine du guet de ceste ville de Bourdeaux, qui a esté depuis exécuté à mort, par arrest du xxixe de aoust dernier, etc. » Prima septembres, ir. vci.xii.

(2) Idem, idjrn, ibidem.

Page 1