‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 23 sur 310 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Malheureusement l'affaire n'en resta pas là : en 1538 un ïrand nombre de personnes furent arrêtées par ordre de Elochet, et durent abjurer, après avoir fait publiquement imende honorable, en chemise et la torche au poing.

Au nombre des religionnaires qui furent incarcérés se xouvait un autre instituteur agenais, nommé Jehan Bernède, iccusé d'avoir enseigné « plusieurs propositions hérétiques srronées et scandaleuses » . Relâché momentanément, grâce à son abjuration publique (22 septembre 1538) (*), il fut plus tard accusé d'apostasie, arrêté pour la seconde fois et pendu publiquement à Bordeaux (2).

Un troisième instituteur d'Agen fut, à la même époque, l'objet de poursuites acharnées. C'était un dominicain qui, bien des années auparavant, était venu en Guyenne avec un autre religieux du même ordre nommé Ferario, celui-là même que nous avons vu remplir à Bordeaux, en 1526, les fonctions d'inquisiteur de la foi. Tous deux avaient suivi des routes opposées. Jérôme Vindocin ayant obtenu de ses supérieurs l'autorisation de régenter, ouvrit une école dans la ville d'Agen, de concert avec un certain Pierre Dupont, originaire de Tonneins. Jusque-là tout allait bien.

Mais quelques années après, vivement impressionnés par la publication de l'Institution chrétienne, nos deux instituteurs résolurent de se rendre à Genève pour y entendre Calvin, Viret et les autres réformateurs.

Pierre Dupont crut devoir se fixer en Suisse, tandis que Vindocin, touché comme lui par les prédications qu'ils avaient entendues, revint en Guyenne pour y reprendre la direction de son école.

Saisi par ordre de l'inquisiteur Piochet, il fut conduit dans les prisons de l'évêque d'Agen. L'official de l'évêché, Arnauld de Lacombe, homme très mal famé si l'on en croit Théodore de Bèze, se rendit auprès de lui, suivi d'un greffier, et l'interrogea sur les points fondamentaux que

(*) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Arrêts, reg. 26. (2) En 1545 : Voyez plus loin, chap. VI, p. 79,

l'Eglise romaine reconnaît comme articles de foi. Vindocin, trop fier de ses nouvelles croyances pour dissimuler un seul instant, en fit l'aveu le plus complet.

Le 4 lévrier 1539, il fut remis au bras séculier. Le même jour ses juges le condamnaient au bûcher, et dans l'aprèsmidi l'arrêt reçut son exécution. On voit que la justice, si lente ordinairement, savait parfois être expéditive.

Conduit au bord de la Garonne, Jérôme Vindocin fut brûlé vif dans une prairie nommée le Gravier (*). Quatre moines et un prêtre l'obsédaient de leurs sollicitations, le suppliant de se rétracter. Ferme dans sa foi, le courageux instituteur sut résister à leurs prières. Ce fut le premier martyr de la religion réformée dans la ville d'Agen

Sur la dénonciation de Rocbet, Jules -César de L'Escale fut lui-même inquiété, comme prévenu d'avoir en sa possession des livres réprouvés, d'être l'ami intime de Sarrazin et d'avoir dit « que le carême et le dogme de la transsubstantiation étaient de création humaine (3) ».

Fort heureusement pour lui, François Ier chargea trois conseillers au parlement de Bordeaux d'instruire l'affaire qui commençait à s'embrouiller. Son choix ne pouvait être plus favorable à Scaliger, car le roi désigna pour se rendre à Agen trois hommes d'une rare érudition qui entretenaient avec l'accusé des relations amicales : Geoffroy de Lachassaigne, qui cultivait avec succès la poésie latine; Arnauld de Ferron, historien et commentateur de la Coutume de Bordeaux, à qui Scaliger dédiait un de ses livres alors que Ferron n'avait pas encore vingt ans; et Briand de Vallée, l'ami de Rabelais.

Ce dernier, surtout, devait être plus particulièrement favorable à Scaliger ou excuser ses divergences d'idées sur les questions de dogmes religieux, car, si je ne me

(1) C'est sur l'emplacement de cette prairie que se trouve actuellement la belle promenade du Cravier.

(2) Th. de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises reformées, t. Ier, p. 25, et Florimond de Rémond, Histoire de la naissance de l'hérésie, liv. VII, p. 182.

(:s) Histoire ecclésiastique, t. Ier, p. 23 et 24.

Page 1