‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 231 sur 310 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

plaisir», pour se venger de ce que l'armurier avait refusé net de lui livrer à crédit une cotte de mailles (1).

Il put établir clairement, en outre, que le 26 juin, jour de l'affaire du Château -Trompette, « il faisait des arnoys (armures) pour ceulx de l'ancienne religion appelés papistes » et qu'il en avait « rabilhé, acoustré et desroulhié » ce jour-là pour plusieurs personnes.

Georges Claisse fut remis en liberté, mais tous les accusés n'eurent pas la même fortune (2).

L'évasion de l'un des prisonniers de la Conciergerie, survenue dans les premiers jours de septembre, causa chez les principaux membres de la fraction catholique du Parlement une très vive irritation. Il est vrai que le .prisonnier qui venait de prendre la clé des champs n'était pas le premier venu. On le nommait tout au long « messire François de Chabannes, chevalier, comte de Rochefort, seigneur et baron de Curton. On apprit qu'il s'était vanté de rejoindre à Saintes l'armée du comte de La Rochefoucault, lequel avait reçu sa parole.

Le 5 septembre, la Cour rendit, assez naïvement, un arrêt pour lui défendre de se joindre aux rebelles et lui intimer l'ordre de se constituer prisonnier (3).

Il va sans dire que François de Chabannes ne crut pas devoir se rendre à cette injonction et considéra l'arrêt comme lettre-morte.

Malheureusement pour les prisonniers demeurés sous les

(l) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Minutes des arrêts, portef. 165. Arrêt du 2 septembre 1562.

(s) Deux ans après, nous voyons figurer le même personnage dans un acte notarié du 22 mars 1504. « George Claisse, maître armurier de Bordeaux, » reconnaît devoir à Jehan Pomyé, archer de la compagnie du vice-sénéchal de Guyenne, 52 fr. 1/2 bordelois pour vente d'un tonneau et demi de vin blanc. Il signe : « Georges Claisse, alemang et armurier de Bourdcaux. » (Arcii. départementales de la Gironde, série E, notaires, Minutes de Thémer, 483-11 .)

(3) La Cour, avertie que le baron de Curton qui avait été fait prisonnier « s'est depuis évadé hors la dicte prison en ceste ville », lui intime l'ordre de retourner dans son cachot et lui défend «s'en aller, soubz prétexte de promesse ou autrement, en quelque lieu que ce soit auquel les armes sont portées contre le Roy ». La signification fut portée au château de Curton par un huissier de la Cour nommé M« Jehan Burie. (Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 165. Arrêt du 5 septembre 1562.)

verrôux, celte évasion coïncidait avec certains avis officieux transmis au Parlement, d'après lesquels les huguenots préparaient une nouvelle surprise du Château-Trompette.

11 n'en fallait pas davantage pour pousser la Cour dans la voie des plus cruelles et des plus sanglantes répressions.

Sur un simple soupçon, le geôlier de la Conciergerie au palais de l'Ornhrière fut arrêté, par mesure de précaution et provisoirement remplacé (').

Le 7 septembre, trois arrêts de mort furent rendus dans la matinée; les trois condamnés, préalahlement soumis à la torture, furent exécutés le même jour.

Le premier sortait des rangs de la nohlesse, c'était le pasteur Moïse Chasteigner (2).

Nous avons déjà trouvé l'occasion de louer son activité; nous avons cité les arrêts qui lui défendaient, malgré YÉdit de Janvier, de prêcher à Castillon, à Puynormand, et plus particulièrement à Vayres, où des milliers d'auditeurs accouraient des localités voisines pour assister à ses réunions.

L'arrêt du 44 avril 15G2 lui intimait l'ordre de sortir de la juridiction de Vayres, ainsi que le diacre Raymond Vidau, sous peine d'être arrêtés tous deux et conduits à Bordeaux (3). Le courageux pasteur, n'écoutant que son zèle, continua le cours de ses prédications.

Le conseiller Jehan de Mabrun reçut du Parlement l'ordre de se rendre à Lihourne et d'y commencer une information, qui dura dix jours (4).

Des lettres adressées par le pasteur Chasteigner à son

(l) Sur sa demande, il fut plus tard réintégré dans ses fonctions. (s) Voyez chapitre XXIV, page 555.

(3) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Arrêts, reg. 159.

(*) Ordre de la Cour à Me Augier de Harernbure, son trésorier, de payer à Me Jehan de Mabrun, conseiller du roi, la somme de 32 écus sol « pour 16 journées par luy exposées par ordonnance d'icelle, scavoir : six pour avoir esté vers les sieurs de Burie et de Montluc en Fronsadois, pour certaines affaires concernans le service du Boy et de la Cour et dix pour avoir esté en la ville de Lihourne pour l'information des procès criminelz de Moyse Chasteigner, ministre, et autres chargés de sédition, etc., à raison de 2 écus sol par jour ». (Arch. départementales de la Gironde, série B, portef. 105.)

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