CHAPITRE XXIX. Ê
collègue « Soulac ministre de Sainte-Foy, et par ledit Soulac au dit Moyse», figuraient comme pièces à charge, ainsi que des « rôles et enregistrements » de fidèles ou de sommes collectées tenus par ce dernier. Ces papiers avaient été saisis à son domicile. On y avait ajouté les interrogatoires avec les aveux faits par « le dit Chasteigner en la question et torture » .
Il n'avait garde, en effet, de renier ses prédications et sa foi. Brisé par les souffrances horribles de la géhenne, il comparut enfin devant ses juges.
Quatre présidents, MM. de Lagebàton, de La Chassaigne, de Roffignac et Bérault, assistés de treize conseillers en robes rouges, étaient réunis dans la chambre de La Tournelle.
Accusé par le procureur général de « sédition , conspiration, port d'armes et crime de lèse-majesté », il fut déclaré coupable sur tous ces chefs d'accusation.
En conséquence, la Cour le condamne k à estre tramé sur une clye par les quantons et carrefours accoustumés de ceste ville de Bourdeaux ; et après, estre mené devant le palais roïal de l'Ombrière et illec avoir la teste tranchée et son corps mis à quartiers par l'exécuteur de la haulte justice; et sera la teste du dit Chasteigner (sic) portée et mise sur le portail de la dicte ville de Castilhon, en lieu plus emminent.
» Et a, la dite Cour, déclairé et déclare les biens du dit Chasteigner acquis et confisquez au Roy.
» Signé J. BENOIST [de Lagebàton], prr p'. » De Mérignac, rapporteur. »
Au-dessous de ces deux noms, qu'on regrette de trouver là, une note du greffier criminel indique que l'arrêt fut exécuté le môme jour; que les huissiers du Parlement Cruseau, Malavergne et Salinet assistaient au supplice. Le
(4) Ce nom de Soulac est évidemment un pseudonyme. Peut-être s';igit-il du pasteur Cainpaigne, qui accompagnait à Soulac les religieuses de l' Annoneia.de ?
condamné portait un écriteau sur lequel se lisaient ces mots : « Séditieux et traistrc au Roy ('). »
Quand les détails hideux de cet effroyable supplice furent entièrement terminés, on vit monter sur l'échafaud un malheureux calviniste, dont la condamnation était de tout point identique à celle du pasteur Ghasteigner.
Torturé comme il l'avait été, traîné comme lui par les faubourgs, il eut comme lui la tête tranchée; comme les siens, ses membres furent dispersés. Cet infortuné était, de son vivant, propriétaire d'un jeu de paume. Il se nommait Jean Guignard (2).
A la même heure, sur la place publique de Castillon, une troisième exécution, calquée sur les deux précédentes, terrifiait d'épouvante la population calviniste de cette petite ville.
Le supplicié se nommait Héliot Bouyer (3); c'était un serrurier de Castillon, qui, dans son zèle peu éclairé et par son indignation contre l'idolâtrie romaine, avait commis des excès regrettables.
L'arrêt qui le frappe porte ces mots : «.pour avoir, le dit Bouyer, assisté à la rupture et brisement des ymages des églises de Saint- Pey -d'Amiens et de Sainte - Terre, jurisdiction de Castillon, pris et bruslé les livres et ornements d'icelles et avoir contrainct les presbtres des dites églises à renoncer leurs ordres et le service de la messe »
Celui-là du moins avait commis des actes répréhensibles qui justifient, dans une certaine mesure, la rigueur du châtiment. Mais ce n'est pas dans ces actes coupables — qualifiés crimes par la Cour — qu'il faut chercher l'explication de la sévérité qui dicte les arrêts dirigés contre les huguenots. Pourquoi, lorsque la tête des coupables avait roulé sur
(*) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 165.
(2) Idem, ibidem. Ce nom de Jean Guignard est celui d'un très honorable négociant de Sainte-Foy, mon ancien condisciple. Il est protestant comme toute sa famille. Ses ancêtres l'ont toujours été.
(3) Ce nom de Bouyer est encore à Bordeaux celui d'une famille protestante. (*) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des
arrêts, portef. 165.