‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 233 sur 310 · CHAPITRE XXIX. Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX. Î

l'échafaud, s'acharner après leur cadavre, en disperser les membres et les faire transporter à des distances souvent considérables (')? C'est que le Parlement, qui voyait partout des conspirations, voulait par ces hideux spectacles terrifier les populations et les maintenir dans l'obéissance. La peur est mauvaise conseillère et pousse les hommes aux plus fâcheuses extrémités.

Une circonstance contribuait à augmenter les appréhensions de la Cour. Un grand nombre de huguenots, dispersés après la prise de Poitiers par le maréchal Saint-André et Louis Prévost de Sansac, gouverneur de l'Angoumois, s'étaient réfugiés en Saintonge, en Périgord ou dans le Bordelais; quelques-uns môme avaient eu l'imprudence de chercher un asile à Bordeaux, chez leurs coreligionnaires. Il n'en fallait pas davantage pour redoubler les terreurs secrètes de certains membres du Parlement (2).

Déjà, peu de temps auparavant, M. de Noailles avait averti la Cour que les huguenots « debvoient surprendre la ville par escalade » (3) ; ce n'avait été qu'une fausse alerte ; cette fois peut-être le péril était-il plus imminent.

De nouveau, le Parlement invite le maire à se rendre à sa barre; M. de Vaillac, gouverneur du Château-Trompette, s'y rencontre avec les jurats et le lieutenant du grand sénéchal, Me Thomas de Ram, l'un des chefs du Syndicat.

On tient conseil et, vu la gravité des circonstances, on décide d'ajouter aux mesures de précaution déjà prises quelques dispositions énergiques.

Un arrêt rendu sur-le-champ et daté du 10 septembre s'exprime ainsi :

« Advertye la dicte Cour que en ceste ville se sont

» retirés et se retirent chacun jour plusieurs estrangiers, » tant de Poictiers que autres lieux èsquels on porte et

(4) 49 kilomètres séparent Bordeaux de Castillon-sur-Dordogne. (s) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 165.

(3) Bibliothèque municipale de Bordeaux : Extrait des registres secrets, ms. 367.

» encore sont portées les armes contre le Roy, \et ce, pour » conspirer, machiner et favoriser ceulx de la nouvelle secte » et reprouvée opinion qui voudraient invahir ceste ville et » icelle mettre hors de l'obéissance de Sa Majesté, pour obvier » à cette faction, la Cour ordonne :

» 1° A tous les étrangers de quitter la ville dans les vingtquatre heures sous peine d'être pondus;

» 2° A tous les habitants « qui depuis le 26e de juin dentier (*) se sont rendus fugitifs d'icelle et sont revenus à Bordeaux», d'en parlir dans les vingt-quatre heures, à moins qu'ils ne préfèrent se justifier, auquel cas ils devront commencer par se constituer prisonniers ;

» 3° A tous les habitants de Bordeaux, hommes ou femmes qui n'auraient pas fait profession de foi, d'accomplir cet acte le dimanche suivant, sous peine d'être chassés de la ville ;

» 4° Aux curés de la ville de remettre le lendemain la liste de leurs paroissiens avec indication de ceux qui n'auraient pas fait profession de foi ;

» 5° Au maire et aux jurats de Blaye, aux gardes des portes de Blaye et de Bordeaux, de ne laisser entrer personne sans le visiter et réclamer son passeport. »

Le même jour, sans perdre de temps, quatre conseillers nommés par la Cour, MM. Joseph d'Eymar, Antoine de Belcier, Denis de Baulon et Jehan Faure, avec deux jurats accompagnés d'archers du guet en nombre suffisant, expulsèrent de la ville tous les étrangers, tous les mendiants valides, et procédèrent à la recherche des armes (2).

Le Parlement avait d'ailleurs pris à sa solde une nouvelle compagnie de cent arquebusiers, dont il avait confié le commandement au capitaine Vernon (3). Ces soldats étaient payés sur les biens des calvinistes confisqués par arrêt de la Cour.

C'est ainsi que la vente d'un navire appartenant à un riche

(') Date de la tentative des huguenots pour prendre le Château-Trompette.

(2) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 165. Arrêt du 10 août 1562.

(3) Nom presque illisible. (Voir page 467, note 1.)

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