‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 234 sur 310 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

marchand de Bordeaux, nommé Jehan de Pontcastel, servit à l'aire leur solde le 0 septembre (').

Disons en passant que ce dernier, son fils François de Pontcastel, qui dix ans après fut nommé juge de la Bourse et anobli, son gendre Vincent Blouyn et son facteur Gratien, tous contumax, se trouvaient compromis comme calvinistes dans l'arrêt de mort rendu le 22 juillet, après l'affaire du Château -Trompette. Leurs biens avaient été confisqués, y compris leurs navires.

Dans son Histoire du Parlement de Bordeaux, le président Boscheron des Portes, qui n'est pas suspect de tendresse pour les huguenots, juge sévèrement la conduite de cette Cour et ses empiétements sur les droits de l'autorité militaire et de la Jurade.

« Celle-ci, seule, réclama par l'organe de Noailles, gouverneur de la ville. Mais le Parlement passa outre, sans crainte d'élever un conflit. Que fut-il arrivé toutefois si, au milieu des dangers du dehors, des divisions intestines étaient venues s'ajouter à ceux du dedans (2)? »

Or, ce fut précisément ce qui advint, M. Boscheron des Portes oubliait sans doute les querelles qui survinrent entre d'Escars et le maire, entre M. de Noailles et le capitaine Vaillac, gouverneur du Château-Trompette, et surtout entre le Parlement et ce dernier.

Il semble que la conduite si franche et si loyale de Gourdon de Genouillac, dans la nuit du 22 juin, aurait dû le mettre à l'abri des suspicions et des tracasseries de la Cour. Elle n'ignorait pas que c'était à sa courageuse attitude vis-à-vis de son beau-frère Pardaillan que le roi devait la conservation de la forteresse dont il avait le commandement, Mais la

(*) Le conseiller Antoine de Belcier avait été chargé de la vente de ce navire, propriété de « Jehan de Pontcastel, le vieux », y compris les « appareils, munitions, artillerie », etc. Elle produisit 1,480 livres tournois, sur lesquelles 803 livres furent remises le 6 septembre « au seigneur de Noailles, pour la solde des cent soldats du capitaine Vernon ». Le reste fut baillé aux religieux de l'Observance. (Archives départementales de la Gironde, série B, Parlement ; Minutes des arrêts, portef. 165. Arrêt du 4 septembre).

(8) Tome I", p. 162.

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religion de sa femme, calviniste zélée, suflisait pour nuire à son avancement et pour annihiler ses services.

La Cour ne perdait aucune occasion de l'humilier. Lorsqu'elle mandait à sa barre les commandants des forts, M. de Noailles, assis à la place d'honneur, conservait son épée, tandis que Vaillac, obligé de quitter la sienne, était relégué derrière la porte, tout au bout de la salle (1).

Nous avons nommé, parmi les gentilshommes calvinistes détenus au Château-Trompette, Antoine de Pons, seigneur de Verneuil, l'un des fils du baron de Mirambeau; il s'y trouvait depuis la prise de Bourg par les catholiques. Le 19 août, le Parlement, poussant les choses à l'extrême, condamna Vaillac à dix mille livres d'amende, pour n'avoir pas fait conduire à la Conciergerie son jeune prisonnier, conformément à l'arrêt (2).

Si l'on veut bien se rappeler que dix mille livres représentent environ 130,000 francs d'aujourd'hui, peut-être trouvera-t-on la condamnation un peu rude.

Cependant la Cour ne craignit pas de l'aggraver encore en menaçant Vaillac de doubler l'amende s'il n'obéissait pas dans les vingt-quatre heures ou, pour être plus exact, dans le courant de la journée (3).

L'ordre réitéré par la Cour, le 10 septembre, aux habitants de Bordeaux, sans exception, de faire profession de foi dans leurs paroisses respectives, mettait beaucoup de gens

(1) Bibliothèque municipale de Bordeaux : Extrait des registres secrets, ms. 367.

(2) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 165. Nouvel arrêt explicatif du 19 septembre.

(3) Voici d'ailleurs le texte de ce curieux arrêt : « La Court, oy et requérant le procureur gênerai du Roy, a déclaré et déclare les peynes de dix mil livres édictées contre le seigneur de Vailhac par l'arrest du dix neuf" d'aoust avoir esté par luy encourues, à faulte d'avoir mis en la Conciergerie d'icelle, suivant le dit arrest, le seigneur de Verneuilh, prisonnier détenu au Chasteau Trompeté; sauf s'il obeist effecluellement par tout le jour. »

» Néanmoins luy enjoint y obéir à doubles peynes. Ce qui sera incontinent signiffié au dit sieur de Vailhac par le premier des huissiers de la dicte Court sur ce requis.

» xixa septembris M. vc lxii. »

Archives départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 165.

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