‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 238 sur 310 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

estranglé », montre comme le précédent la. signature du premier président « Jacques Benoist » de Lagebàton

Ce ne sont, hélas! pas les seuls. La plupart des condamnations à mort pour crime de religion portent à cette époque néfaste le nom de ce magistrat, trop intègre, qu'on accusait de pactiser avec les huguenots, sous prétexte que sa femme appartenait à la religion réformée.

Ainsi, sans parler de Moïse Ghasteigner, dont nous avons mentionné le supplice, les protestants de Bordeaux, douloureusement frappés, voyaient, à trois mois de distance, périr d'une mort infâme les deux pasteurs dont la parole énergique les avait tant de fois relevés dans la détresse et consolés dans l'affliction.

La mort de ces trois jeunes ministres, Neughâtel, Ghasteigner, La Fromentée, jointe à tant d'autres exécutions, frappa d'épouvante la population calviniste de Bordeaux. La terreur régnait dans cette ville où le Parlement commandait en maitre. Les exécutions continuaient.

Le G octobre, un barbier de Bourg-sur-Gironde, Jacques de Laurète, fut pendu devant le Palais (2).

Le 10, Arnauld de Lalanne, un boucher de Bordeaux celui-là, à peine remis des horribles souffrances de la torture, fut traîné dans la fange des rues et mis à mort (3).

C'était la dix-huitième exécution depuis moins de trois mois.

La Cour était sur les dents par suite de la multiplicité de ses occupations militaires, politiques, administratives ou judiciaires. Ge qui augmentait la mauvaise humeur de quelques-uns de ses membres, c'est qu'on était à l'époque ordinaire des vacances, ou, comme on disait alors, des vaccations. La plupart des arrêts, rendus en septembre ou

(1) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 1GC. Au bas de l'arrêt se trouve la note habituelle de la main du greffier criminel : « Et le dit jour le dit arrest a esté exécuté en ce qui concerne la peine de mort du dit La Fromentée. »

(2) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Minutes des arrêts, portef. 1G6.

Idem, ibidem.

on octobre, portent cette mention : In camerâ vaccationurn tempore ordinatâ (1).

Au lieu des douceurs de la villégiature et des plaisirs de la chasse, il fallait monter la garde à son tour aux portes de la ville, surveiller le guet et l'estinguet, vérifier les passeports des étrangers ou leurs laissez-passer, siéger à la Chambre de la Tournelle pendant des journées entières, rédiger les rapports des affaires criminelles, assister aux exécutions capitales, etc.

Les exaltés, comme Roftignac, de Baulon ou Malvin, ne se plaignaient pas; ils vivaient de cette fièvre, qu'ils entretenaient et alimentaient par leurs excitations chez un grand nombre de leurs collègues. Mais d'autres conseillers, plus modérés, devaient nécessairement en souffrir et maugréer tout bas.

Tout à coup, le 12 octobre, se répand une grande nouvelle. Les protestants viennent d'être vaincus à la bataille de Vern, Duras est en fuite, Moulue et Burie sont à sa poursuite. Un officier de l'armée royale vient d'arriver porteur d'une lettre que le duc de Montpensier adresse au Parlement. La chose est officielle; ces misérables huguenots ne sont plus à craindre; on s'embrasse, on se félicite.

Les Chambres se réunissent à la Tournelle, sous la présidence de M. de Lagebàton, et dans le premier élan de l'effervescence causée par cette heureuse nouvelle, elles ordonnent en ces termes une procession solennelle :

« La Cour, pour rendre grâces à Dieu de la deffaicte » qu'il a permis estre faicte de l'armée des rebelles (2) et pour » le supplier d'ottroier la paix, union et tranquillité entre les » bons et fidèles subjeetz du Roy, et veue la missive escripte » à la Cour par le duc de Montpensier, lieutenant général » pour le Roy en ce pays de Guienne, ha ordonné et ordonne

(') Voyez les portefeuilles 165 et 166.

(2) Il y avait primitivement dans le texte : « de l'armée de Duras ». Ces deux derniers mots ont été rayés et remplacés par ceux-ci : des rebelles.

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