‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 239 sur 310 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

» que jeudi prochain sera faicte procession générale à laquelle » la dicte Court assistera;

» Et enjoinct à tous hommes et femmes, chefs de maison » de ceste ville d'y assister aussi en personne, et à ces fins » leur inhibe la dicte Court de s'absenter ce jour-là.

» Défend à tous et chacun les marchans, artisans et autres » habitans de cette ville de n'ouvrir aucunement leurs bouti- » ques et ne travailler en ycelles le dit jour du jeudi jusques » après midi, sur peine de cent livres d'amende et autres » plus grandes peines

» Enjoinct aux jurats de la dicte ville de faire diligence et » exacte recherche de ceulx qui n'auront pas obéy (1). »

Toute la population valide, sans distinction de culte, assista donc à la procession. On peut aisément se faire une idée de la frayeur des protestants bordelais, entourés d'énergumènes dont le succès de Monluc et l'éclat de la cérémonie augmentaient l'exaltation.

Quelques soldats étrangers blessés, à la figure sinistre, figuraient dans le cortège. Ils marchaient avec peine, s'aidant d'une canne ou d'un bâton; plusieurs d'entre eux portaient le bras en écharpe, d'autres montraient sur leur visage d'horribles cicatrices. C'étaient des fantassins espagnols appartenant au corps auxiliaire commandé par don Diégo de Carbajas. Ils étaient au nombre de ces lâches assassins qui, à la prise de Penne en Agenais, massacrèrent froidement quatre cents femmes ou filles sans défense, que leur expédiaient à coups de pique les soldats de Monluc.

Les Espagnols-, tout en frappant d'estoc et de taille, riaient aux éclats, disant que c'étaient « des huguenots déguisés » (2).

Mais ils ne rirent pas tous. Il se trouva parmi ces malheureuses calvinistes, des femmes plus énergiquement trempées qui, se voyant perdues, se ruèrent sur leurs bourreaux avec l'énergie du désespoir, leur arrachèrent leurs armes, les

(*) Arcii. départementales de i.a Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts. Cette pièce ne porte aucune signature. L'original dut être envoyé soit aux jurats, soit au gouverneur M. de Noailles.

(!) Monluc, Commentaires, p. 257 et 258.

frappèrent de leurs mains ensanglantées et ne succombèrent qu'après s'être vengées.

Les I ilessés furent expédiés à Bordeaux, où le Parlement, se mêlait de tout, se chargea de leur entretien sans bourse délier ('). C'était bien le moins qu'il put faire que d'héberger ces héros !

(') Ancu. départementales DE la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 165 et 166. On les payait et on les entretenait avec les sommes confisquées sur les protestants de Bordeaux. Ainsi le 18 septembre, un arrêt condamne Rose de Ranson, veuve de Menault Vincent, les deux Jehan Vincent ses lieaux frères, et Bonin, facteur de la veuve Ranson, pour avoir rnange de la chair le sabmedy, 12e septembre, à 50 livres d'amende chacun, en tout 200 livres, dont 150 applicables « à la nourriture et au paiement des médicamens des soldats hcspaignols revenus de Penne, grandement blessés au service du Roy. » — Le 7 octobre, Pierre Beynier, bourgeois calviniste et marchand de Bordeaux, détenu, est condamné à 300 livres d'amende applicables : « 200 au Roy, 51) à la nourriture du prêcheur de l'église Saint-Pierre, 25 livres à la nourriture et médicamens des Hespaiijnols, et 25 à la nourriture des Basques » qu'on avait fait venir pour ta défense de la ville. Les quittances des uns et des autres existent encore.

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