CHAPITRE XXX
Événements en Saiutonge. — Prise de Pons par La Rurhefoucault. — Yves Rousseau. — Arrestation du chroniqueur Frèrejean. — Capture d'un navire bordelais par les huguenots. — Condamnation, pour ce fait, de quarante-trois calvinistes. — Pillage du bourg de Cozes par les Basques venus de Bordeaux. — Arrestation de Combes, prévôt des maréchaux, et du capitaine La Rigaudière. — Condamnation et supplice de co dernier. — Mort de La Puzelière. — Décapitation de Mesmy et de Le Quayre. — Détails relatifs aux exécutions capitales. — Comptes payés au bourreau, aux tortionnaires et aux castigateurs. — Arrestation de Mn,c de Favars et de sa mère. — Noble conduite de ces deux dames. — Excès dos huguenots iconoclastes (octobre et novembre 156Z).
Sauf Montauban, qui tenait encore contre Terride, la Haute -Guyenne tout entière venait de rentrer « en l'obéissance du Roy » . Burie et Monluc l'écrivaient à Charles IX le jour même de la bataille de Vern.
« Et quant à la Xaintonge, ajoutaient-ils, nous croyons que M. de Montpemier y donnera bon ordre, en sorte que ceux de cepaïs se repentiront des fautes qu'ils ont faictes (*). »
Le prince se trouvait à Bergerac au moment du combat. Parmi les gentilshommes de son entourage, citons M. de Caudale et Antoine de Pons. Ce dernier, protestant zélé du vivant de sa première femme, était devenu l'un des plus ardents persécuteurs des calvinistes, après son mariage avec Marie de Monchenu, dame de Massy, « l'une des plus diffamées demoiselles de France (2). »
Le jour de la bataille, Monluc et Burie attendaient à Vern M. de Montpensier, mais le voisinage de La Rochefoucault et de sa petite armée l'empêcha de s'y rendre.
(*) Lettre du vendredi 9 octobre 15G2, datée «du Camp». BIBLIOTHÈQUE IMPÉ- RIALE de Saint-Pétersbouro, dossier 98, 2e porte!'., pièce 1 ; et Aitcn. MUNiCflPALES de Bordeaux. Documents pour l'histoire de Bordeaux et de la Guyenne, transcrits par M. Hovyn de Tranchère, p. 54 et 55.
(2) Théodore de Béze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. II.
François, IIP du nom, comte de La Rochefoucault et beau-frère de Condé, venait le 2 octobre de prendre d'assaut le château de Pons, dont les murailles étaient en fort mauvais état. Cette ville, agréablement située sur une petite rivière nommée la Seugne, qui se subdivise, sous ses murs, en un très grand nombre de ruisseaux, comptait alors plusieurs centaines de protestants; l'un d'eux, le capitaine Vincent Mathieu, commandait le castel pour les sires de Pons(').
Nous avons raconté, dans les premiers chapitres de ce livre, comment un jeune homme de cette localité, Yves Rouspeau, converti par les prédications de l'imprimeur Philibert Hamelin, était parti pour Genève, afin d'y compléter ses études théologiques et d'embrasser la carrière pastorale. Son père, maître Yves Rouspeau, était greffier de la sénéchaussée et partageait ses idées (2) ; il ne mit donc aucun obstacle à ses projets.
Le jeune étudiant travailla sérieusement, suivit les leçons de Calvin et regagna sa ville natale au bout de deux années d'un travail assidu.
A son instigation, les réformés de Pons commencèrent à se réunir à certains jours déterminés. Mais Yves Rouspeau, poète à ses heures, se sentait encore trop jeune pour prendre la direction de la nouvelle Église. Il engagea les membres qui la composaient à s'adresser à celle de Genève, pour en obtenir un ministre.
Antoine Otrand, à son arrivée à Pons, le 24 mai 1559, trouva les réformés dans la consternation. Le sire de Pons, informé de ce qui se passait, s'était mis dans un violent accès de colère. Yves Rouspeau, qu'il avait fait appeler, avait dû quitter la ville et se rendre à Saujon, où, cédant aux sollicitations de ses coreligionnaires, il consentit à exercer le ministère pastoral.
(J) Voyez chap. XI, p. 131 et A. Crottet, Histoire des Églises réformées de Pons, Gémozac et Mortagne.
(2) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portel'. 166. « Me Yves Rosepeau » (sic) figure à la date du 5 octobre sur une liste de condamnés avec « autre Rosepeau, dit Boyleau », son frère probablement.