‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 241 sur 310 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Otrand, malgré les conseils de ses fidèles qui, redoutant son arrestation, l'engageaient à s'éloigner pour quelque temps, voulut rester à son poste. Grâce à son courage, sa mission fut couronnée de succès. L'Église de Pons demeura définitivement constituée (1).

Il en fut de même en général des autres Églises de la Saintonge, qui, malgré les plus cruelles persécutions, conservèrent leur organisation.

Plus de quarante pasteurs, nombre d'ailleurs bien insuffisant, desservaient les nombreuses paroisses qui depuis quelques années s'étaient affranchies de la servitude papale. Nous regrettons que le cadre de ce travail ne nous permette pas de raconter la naissance et les premiers pas de quelquesunes d'entre elles.

Nommons seulement parmi les courageux ministres, jeunes pour la plupart, qui contribuèrent à l'évangélisation de cette intéressante contrée : Claude Boissière, dont nous avons cité quelques lettres à Calvin (2), et Jean Sausse, pasteurs à Saintes; à Marennes, à Saint- Just, à Arvert, Charles Léopard, le vaillant et fidèle prédicateur des îles; à Tonnay- Charente, Noël Magnan, premier pasteur établi par le synode provincial tenu dans cette ville le 25 décembre 1501 ; à Rioux, Michel de Luchet; à Saujon, après Yves Rouspeau, les ministres Henri Morel et Henty; à Oleron, Jean Boquin, ministre du château, celui-là même qui en 1562, au péril de sa vie, se précipita bravement au milieu d'un combat entre catholiques et réformés, pour arrêter l'effusion du sang; Jean Villain, à Gémozac; à Mortagne et à Saint-Seurin, gros bourgs situés à quatre ou cinq lieues de Pons, sur les bords de la Gironde et près de son embouchure, les deux pasteurs Jean de Chasteigner, ancien ministre de Montrichard en Touraine, et Sorain, ministre réfugié.

A Chenac (3), enfin, les premières tentatives d'évangélisa-

(') A. Crottet, Histoire des Églises réformées de Pons, Gémozac et Mortagne.

(2) Voyez pages 278 et 279.

(3) Chenac, à deux ou trois kilomètres de la Gironde; aujourd'hui commune du canton de Cozes, arrondissement de Saintes (Charente-Inférieure).

tion lurent faites, en 1546, par un jeune homme appartenant à une famille aisée qui résidait sur le territoire de la cliàtel" lenie de Saint-Seurin. 11 se nommait Jehan Frèrejean et se préparait à exercer le notariat. Arrêté, ainsi que sou père, sur la dénonciation du clergé, il fut conduit à Bordeaux; après une année d'emprisonnement dans les cachots de la Conciergerie, il ne se vit heureusement condamné qu'à cent livres d'amende et, peine assez douce, « à ouïr, teste nue, un sermon sur le purgatoire faict en l'église de Chenac par un notable prescheur. » Il est probable qu'ici la notabilité figure pour l'éloquence. L'explication de cette condamnation singulière est que Frèrejean avait nié l'existence du purgatoire.

Nommé, plus tard, diacre de Chenac et de Saint-Seurin, Frèrejean entreprit l'oeuvre méritoire d'écrire l'histoire de la fondation des Églises qui l'entouraient. Son manuscrit, conservé précieusement jadis au château d'Usson, doit exister encore (1).

Gabriel de La Mothe, seigneur de Saint-Seurin, ayant épousé la nièce de Burie, les capitaines de l'armée royale avaient reçu du gouverneur de Guyenne l'ordre de respecter les terres de son parent. Grâce à cette heureuse circonstance, la châtellenie fut à peu près exempte des horreurs de la guerre. La sauvegarde donnée par Charles de Coucy attira même à Saint-Seurin un grand nombre de réformés de Bordeaux, après l'affaire du Château-Trompette. L'un d'eux était le riche marchand Jehan de Pontcastel l'aîné, dont les navires avaient été, nous l'avons déjà dit, confisqués par ordre du Parlement.

Son fils, François de Pontcastel, l'un des jurats de Bordeaux, pensa qu'il était de bonne guerre de capturer à son tour ceux des catholiques. Il s'entendit en Saintonge avec des capitaines huguenots, et tous ensemble réussirent à

(*) A. Crottet, Histoire des Églises reformées de Pons, Gémozac et Mortagne.

(2) Usson, sur la Clouèi e, aujourd'hui commune du canton de Gençay, arrondissement de Civray (Vienne).

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