‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 242 sur 310 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

s'emparer par surprise d'un navire appartenant à la veuve de Saubuat Baille, de son vivant capitaine au long cours du port de Bordeaux. Un petit nombre de matelots furent tués dans ce coup de main.

Sur la plainte de Marie Constantin, veuve du capitaine Saubuat, le Parlement fit commencer une enquête et, le 5 octobre, déclara contumax quatre-vingt-onze Bordelais ou Saintongeais compromis dans cette affaire ou soupçonnés d'y avoir pris part (').

Dans cette étrange liste, où François de Pontcastel figure avec son père, on trouve pêle-mêle des calvinistes appartenant à toutes les classes de la société, depuis le duc de La Bochefoucault (2) jusqu'au fils d'une marchande d'oranges de Bordeaux, dont la Cour ignorait le nom de famille (3). Des capitaines, des gentilshommes y sont accolés à des inconnus; des domestiques, que le Parlement désigne par leurs qualités physiques faute de pouvoir les nommer autrement, succèdent à des gens de justice, à des hôteliers, à des chaussetiers, à des orfèvres ou à des cordonniers. Huguet le boiteux, dit a Huguet l'enqiientayre,» et a Arnaud le tamburinier (5) » complètent la nomenclature (6).

Les calvinistes saintongeois y sont en majorité, principalement des gens de Cozes, de Meschets, de Marennes, etc.

Mais à la suite d'une instruction criminelle, un triage fut fait; beaucoup de ceux qui figuraient sur la première liste furent reconnus innocents, et quarante-deux accusés seulement sur quatre-vingt-onze furent condamnés à mort.

Citons « le capitaine Mathurin Thonyn (ou Thouyn), du

(') Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 166.

(2) Le texte porte : «le seigneur de La Rochefoucault »; il était en outre baron de Montendre et de Montguyon.

(3) « Gaillard », et dans un autre arrêt « Galliot, fils de Guillernine l'orangière ».

(4) «Jehan Billy, marchand de la présente ville, et deux de ses serviteurs, l'ung hault et long et l'autre main croc. »

(s) 11 demeurait à Bordeaux « sur les Fossés ».

(°) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, porte!'. 166. Arrêt du 5 octobre 1562,

château d'Oléron; le capitaine Tiel ('); Lamaretière, courtier, et son frère, appelé le Chevalier, le fils du dit Lamaretière; le seigneur de La [Mothe] Saint-André; le capitaine Mitrau; Léon ou Lévy Martineau, procureur de Gozes; le chevalier de Mirarnheau (2); le seigneur de Gain; Jehan de Pontcastel le vieux et François, son fils (3) ; le capitaine Soulanges, dit le gentilhomme de Lormont (i); Antoine, apothicaire, qui se tient en rue Sainte -Colombe, devant un ferrier (5); Chequoy, crahetier (°); Galliot, fils de Guilhemine l'orangière, etc. »

La Cour les déclare tous « traistes à Dieu et au Roy » ; elle les condamne « à estre traitiez sur une clye (claie) par les lieux accoustumés » de Bordeaux, « et devant le Palais à estre pendus et estranglés par l'exécuteur de la haulte justice, si peuvent estre appreliendés, sinon seront exécutés par figure, » c'est à dire en effigie (7). On le voit, c'est toujours la même formule ou à peu près.

Parmi les huguenots dénoncés à la vindicte du Parlement se trouve dans la première liste, celle des 91, le nom du capitaine La Rigaudière (8), contumax, mais qui malheureusement pour lui fut arrêté peu de temps après et conduit à Bordeaux, où il eut la tête tranchée (9), tandis que M. de Combes, prévôt de maréchaux, incarcéré en même temps

(!) Une famille de ce nom existe encore à Bordeaux; elle est protestante.

(2) François de Pons, seigneur de Mirambeau.

(3) D'après Darnal, continuateur de la Chronique bourdeloise, François de Pontcastel était au nombre des jurats de l'année 1562.

(*) Il était originaire de l'Albigeois et se nommait en réalité « Raymond Pastoriis ».

(5) « Ferrier » ou « ferronier », c'est à dire marchand de fer.

(6) On appelait crabeti^rs les bouchers qui ne vendaient que de la chèvre et du chevreau. Il y avait pour eux à Bordeaux un marché spécial, désigné sous le nom de craberie.

C) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 166.

V8) Idem, ibidem. Arrêt du 5 octobre 1562. Une famille de ce nom habite encore Bordeaux; il n'y a pas longtemps, trente ou quarante ans peut-être, il existait dans cette ville une galerie couverte, appelée passage de La Rigaudière. Elle fut démolie lors du redressement de la rue Sainte-Catherine.

(9) Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, Lettre de Burie à Charles IX, publiée par M. le comte Edouard de Barthélémy, sous la date inexacte du 14 février 1561, tandis qu'elle est en réalité de 1563.

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