‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 244 sur 310 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

twis leurs pillages, furent suivis par le sieur de Combes, prcvost des maréchaux, douze personnes de cheval et vingt hommes de pied, lesquels mirent en déroute la dite bande de Tallemont et en firent tomber à Vépée plus de six viîigts personnes, sans qu'ils eussent puissance de se deffendre; le résidu se sauva en la fuite »

De son côté, M. de Burie s'exprime ainsi dans sa lettre à Charles IX : « Et estant là les dits Basques (2), le dit de Combes avec un gentilhomme nommé La Rigaudière survinrent sur eux ayans 3 ou 400 hommes et les mirent presque tous en pièces. Depuis, et bientôt après, La Rigaudière et de Combes furent pris ensemble et menés prisonniers à Bordeaux, où incontinent, à son arrivée, La Rigaudière eust la teste tranchée. Mais Combes fut favorisé et temporysa-t-on le jugement de son procès (3). »

Ces renseignements sont exacts, mais incomplets. Burie ne nous fait connaître ni le lieu, ni les détails de l'arrestation, ni même le vrai nom du capitaine. Il se nommait « Jehan Vigier seigneur de la Rigaudière, écuyer ». Après l'affaire de Cozes, il avait pris la fuite, se doutant bien qu'on allait le traquer comme une bête fauve. Il réussit à gagner les environs de La Rochelle avec le prévôt des maréchaux.

Tant que le sort des armes fut incertain, le parlement de Bordeaux n'osa pas trop les poursuivre; mais dès que la

(') A. Crottet, p. 190. Divers arrêts du Parlement nous apprennent que les Basques blessés dans cette affaire étaient soignés à Bordeaux aux frais des protestants ou, pour être plus exact, avec le produit de la vente des biens confisqués sur eux. C'est ainsi que sur les 225 livres tournois payées par Me Bertrand de Lalande, notaire et secrétaire du roi, 25 sont désignées « pour les médicaments des Basques qui ont esté blessez à Talamond pour le service du Roy. (Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement, portef. 167.)

(2) M. Edouard de Barthélémy a encore fait imprimer « les dites barques », sans se préoccuper de l'accord, car au lieu de survinrent sur eux, il faudrait alors sur elles.

(3) Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, mss., documents transcrits par M. Hovyn de Tranchère pour les Arch. municipales de Bordeaux : Lettre de M. de Burie au roi, du 14 février 1563.

(4) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 167. « Entre le procureur général du Boy demandeur en excès, sédition, port d'armes et crime de lèse-majesté, d'une part; Et Jehan Vicier, escuïer, seigneur de La Rigaudière, défendeur et prisonnier détenu, d'autre », etc.

fortune se fut prononcée pour les catholiques, l'ordre de leur arrestation fut signé.

Ce fut le procureur général, Antoine de Lescure en personne, qui se chargea de conduire l'expédition; il prit avec lui quelques arquebusiers d'une audace éprouvée et quatre cavaliers seulement. Combes et le capitaine La Rigaudière furent surpris «près de La Rochelle», dans un petit port nommé Loppin ('), où sans doute ils cherchaient l'occasion de passer en Angleterre (2).

Le 7 novembre, la Cour, présidée par MM. de Lagebâton, de Roffignac et de Lachassaigne, décida, sur le rapport du conseiller d'Alesme, que Jehan Vigier, « séditieux, traître et rebelle au Roy, » serait traîné dans les carrefours de Bordeaux et décapité devant l'Ombrière. N'était-ce pas suffisant pour la justice humaine'? Non, paraît-il, car, par un raffinenement de barbarie, le Parlement ajoute à l'arrêt de mort cette dernière phrase :

« Et ordonne aussi la Cour que avant de procéder à l'exécution du présent arrest, le dit Vigier sera mis en question et torture pour scavoir par sa bouche la vérité de ses complices (3). »

Le tout fut exécuté dans la même journée, comme le constate une note du greffier criminel.

Le prévôt des maréchaux, M. de Combes, plus favorisé que son infortuné coaccusé, attendait dans les prisons de la Conciergerie l'arrêt qui devait l'absoudre ou l'envoyer à la mort.

Cette assertion de M. de Burie concorde avec une note des

(*) Loppin, c'était sans doute, au seizième siècle, le nom d'une petite anse ou d'une petite baie dans laquelle se réfugiaient les bateaux de pèche. Nos efforts pour le retrouver sur les cartes géographiques ont été inutiles.

(2) Les archives de V Amirauté de Guyenne, dont on s'obstine malheureusement à refuser l'entrée aux travailleurs sérieux, fourniraient sans doute sur cette double arrestation quelques renseignements utiles. Espérons que la mission dont M. Paul Lacombe, inspecteur général, vient d'être chargé par le ministre de l'intérieur et sa récente visite dans ce but à Bordeaux, auront un résultat favorable. (Novembre 1883.)

(3) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 167.

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