CHAPITRE XXX
Registres secrets, d'après laquelle le duc de Montpensier, peu miséricordieux cependant pour les calvinistes, écrivit deux lettres au Parlement pour le prier de surseoir jusqu'à son arrivée à Bordeaux, au jugement de l'ancien lieutenant criminel devenu prévôt des maréchaux.
Ces lettres missives furent communiquées à la Cour, le 9 novembre 1562, par M. de Lagebàton (*).
On croirait peut-être que la Cour se hâta d'accéder au désir exprimé par un prince du sang, gouverneur de la province et représentant de l'autorité royale. Il n'en est rien.
Cette morgue particulière aux cours souveraines, qu'au dix-septième siècle on appela l'esprit frondeur, existait à l'état de germe cent ans auparavant et les poussait à résister aux délégués du pouvoir central.
« Le premier président Benoist, disent les Registres secrets, a présenté à la Cour deux lettres missives du duc de Montpensier ; et quant à celle par laquelle il prie la Cour de supercéder le jugement du procès d'un nommé Combes, prévost des maréchaux, qui est à présent détenu en la Conciergerie, jusques à son arrivée en ceste ville, sur ce a esté arresté que la Cour ne peut et ne doit supercéder l'instruction de son procès; bien, pour l'honneur du dit sieur de Montpensier, supercéder le jugement jusques à huictaine après l'instruction faicte, en attendant l'arrivée du dit sieur en ceste ville (2). » Céder tout en ayant l'air de résister, tel est le jeu de casse-tête auquel se livrent puérilement ces magistrats.
Quant à M. de Combes, il fut peu de mois après nommé par le roi gouverneur de Saint-Jean-d'Angély (3).
(') Bibliothèque municipale de Bordeaux, ms. 367, et Arch. municipales de Bordeaux : Extrait des registres secrets, f» 64 v°. Selon toutes probabilités, le gentilhomme dont il s'agit est Olivier de Combes.
(2) Bibliothèque municipale de Bordeaux : Extrait des registres secrets, fo Q| vo, rjgj;l ie 3 octobre un secrétaire du duc de Montpensier s' étant présenté au Parlement pour faire enregistrer ses lettres de gouverneur de la province, la Cour n'avait consenti qu'à en recevoir au greffe une copie, mais en spécifiant que le duc ne jouirait pas du droit de grâce.
(3) Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, Lettre de M. de Burie au roi Charles IX, déjà citée. (Voyez Arch. municipales de Bordeaux. Documents transcrits par M. Hovyn de Tranchère, p. 80 bis et 84.
Un eertain nombre de pasteurs saintongeois, effrayés par les persécutions, passèrent en Angleterre. Jeban de Chasteigner revient à Saint-Seurin, où, protégé par Gabriel de La Motbe, parent de Burie, il continua ses prédications, tantôt dans la grange de maître Jean Feuillet, sur le port, tantôt au château.
Le chroniqueur Frèrejean et son frère Antoine attendirent à Marennes la fin de la guerre. Leur modeste habitation fut dévastée par les catholiques. « Nostre maison, dit-il, et celle de nostre père, seule, fust pillée et saccagée par les papistes de Tallemond qui emportèrent lilz, linge et autres meubles de grand prix et un cheval et une jument, sans que aucune autre maison du dit Saint-Seurin fust aucunement pillée durant les troubles »
On voulait surtout punir le jeune évangéliste, plus particulièrement désigné par ses prédications à la rage des catholiques.
A Bordeaux, le Parlement continuait le cours de ses sanglantes exécutions. Au capitaine La Bigaudière il faut ajouter d'autres gentilshommes, dont la condamnation précéda son arrêt de mort et dont la tète, comme la sienne, roula sur l'échafaud.
Nous voudrions écarter un moment ces sinistres souvenirs et les remplacer par des images plus gracieuses ou moins funèbres, mais l'histoire inexorable est là pour nous guider; c'est d'ailleurs le moins que nous puissions faire de tirer de l'oubli les noms des malheureuses victimes de ces luttes fratricides.
Un gentilhomme nommé Benoît de La Puzelière, accusé d'avoir au mois de juillet 1562 « empesché le toquesain à Saint-Quentin » de Baron « lorsqu'il falloit au contraire convoquer le peuple pour le service du roy, » avait été con-
(*) A. Crottet, Histoire des Églises réformées de Pons, Gémozac et Mortagne, p. 191.
(2) Saint-Quentin, commune du canton de Branne, arrondissement de Libourne, qu'il ne faut pas confondre avec Saint-Quentin de Caplong, prés de Sainte-Foy, aussi dans l'arrondissement de Libourne.