CHAPITRE. XXX 4(Ji
damné par le juge de l'Entre-deux-Mers à la peine capitale. 11 attendait à Bordeaux, dans les prisons de la Conciergerie, sa sentence d'appel
La Cour, présidée le 20 octobre par M. de Lagebàton, confirme le jugement. Sur le rapport du conseiller Jehan de Ciret, elle décida qu'avant l'exécution, l'inculpé serait mis à la torture (8). Le rapporteur était lui-même secrètement calviniste; ses conclusions auraient dû, semble-t-il, être moins sévères; La Puzelière était accusé d'avoir, pendant la bagarre, renversé d'un coup d'estoc un des papistes qui le menaçaient en le serrant de trop près. C'était un cas de légitime défense, mais l'Évangile contient cette parole : « Qui frappe avec le glaive périra par le glaive. » Dans ce cas particulier, la prophétie fut réalisée. La Puzelière fut décapité.
La décollation était alors en faveur auprès du Parlement ; elle avait remplacé le bûcher qui présentait de graves inconvénients, témoin la fâcheuse aventure survenue au bourreau lors du supplice de Monnier.
Une lame de Damas, de trempe bien éprouvée, servait aux exécutions. Un coutelier-taillandier, choisi par messieurs les jurats, était spécialement chargé de l'entretenir en bon état. On a vu d'après les chapitres qui précèdent celui-ci qu'elle n'avait guère le temps de se rouiller dans sa gaine (3) !
Huit jours à peine s'étaient écoulés depuis la mort de La Puzelière, qu'elle rendait de nouveaux services.
L'ancien protecteur des Églises réformées de la Guyenne, Denis Daytz, seigneur de Mesmy et de Lisle, ce même gentilhomme qui par sa fuite malencontreuse avait causé
(*) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 166. La condamnation est du 20 octobre 1562.
(2) Idem, ibidem, portef. 166.
(3) Ce coutelier recevait de la ville 100 livres de gages annuels ; il était, en outre, exempt d'impôts et de redevances. En 1632, le bourreau fut chargé par les jurats d'acheter un damas neuf. Ce couperet coûta 8 livres tournois, environ cent francs de notre monnaie. (ARCH. MUNICIPALES DE Bordeaux, série JJ : Invent.-soinm., au mot : Damas.)
la défaite des calvinistes au combat de Turgon, arrivait sous bonne escorte à Bordeaux le 28 octobre. C'était un vieillard.
A la suite d'une assez longue maladie, il cherchait à se réfugier en Béarn, lorsqu'il fut découvert et arrêté par le sieur de Gondrin, qui le conduisit d'abord à Beaumont-de- Lomagne(1), puis à Agen(2). De cette dernière ville il fut dirigé sur la capitale de la Guyenne, où dans l'espace de quelques heures le Parlement l'envoyait à la mort.
Dans une lettre adressée le 28 octobre à Jeanne d'Albret, M. de Noailles, maire de Bordeaux, s'exprimait en ces termes : « Le pauvre Memy arriva icy à huict heures du matin, et, sur les trois fut mené au supplice. Ma femme, comme parente, en demanda le corps, qui en fut refusée de la Justice (3). »
C'était la vingt et unième exécution de protestant (4) faite à Bordeaux depuis le 14 juillet, jour où fut pendu le pasteur Neufchàtel.
La vingt-deuxième, celle de Pierre Le Quayre, eut lieu le 14 novembre, c'est à dire exactement quatre mois après la première.
Les minutes des arrêts du Parlement contiennent, pour
(!) Beaumont, commune du canton et de l'arrondissement de Condom. Le récit de Th. de Bèze porte Laumont.
(s) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. II, p. 791.
(3) Bibliothèque nationale, ras. C908, lettre citée par M. Tamizey de Larroque. (Antoine de Noailles à Bordeaux, p. 80 et 81.) M. de Noailles avait épousé Jeanne de Gontaud, de la religion réformée.
(*) Plusieurs historiens nous paraissent avoir confondu Denis Daytz, sieur de Mesmy, avec Jean de Mesmes, qui amena du Béarn 500 hommes de renfort aux frères Bugole assiégés dans Terraube par Pierre de Monluc (p. 411 à 443). M. Tamizey de Larroque, parlant de Denis Daytz, en fait un gentilhomme du Périgord. C'est une erreur. La famille Daytz de Mesmy appartient à la vieille noblesse de l'Aunis et de la Saintonge. Une de ses branches était fixée dans le Poitou. Jean Daitz, chevalier, seigneur de La Rochélie, Marlonge et la Guillotière et ses descendants figurent dans les nobiliaires de la Saintonge. (Voyez encore la France protestante dos frères Haag, article Daits de Memy, et au même nom Biographie de la Charente-Inférieure (Aunis et Saintonge), par MM. Henri Feuilleret et de Bichemond.) Les scribes, comme on sait, ne se piquaient pas d'exactitude dans la transcription des noms propres; aussi trouve-t-on le nom de cette famille avec des orthographes très variées : Daitz, d'Aix, Daix, Daytz, Days, Daiz, etc. Jean de Mesmes était de Mont-de-Marsan.