‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 247 sur 310 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

cette courte période, plusieurs autres condamnations à mort qui, très certainement, furent aussi exécutées; mais nous n'avons aucune preuve qu'il s'agisse de protestants, et nous avons dû nous abstenir de les porter en ligne de compte ou d'en faire mention dans cet ouvrage.

Pierre Le Quayre ou Le Quaire, dont nous ignorons les faits et gestes, était de Mussidan ('), ville qui des premières en Périgord s'était déclarée pour la Réforme. Nous savons seulement qu'il était calviniste, et, sous les grands mots portés dans l'acte d'accusation, nous comprenons que comme tant d'autres, il avait pris les armes pour la défense de ses coreligionnaires.

Il fut torturé, puis traîné sanglant dans les rues de Bordeaux, et dans cet affreux état, les jointures désarticulées, les os rompus et brisés, les chairs meurtries par la tension des cordes, on le conduisit devant la cathédrale Saint-André pour y faire amende honorable. On lui trancha la tête sur la place de l'Ombrière; puis le bourreau et ses aides s'emparèrent de cette masse informe, dont ils arrachèrent les membres, en vertu de l'arrêt signé par le président de Roffignac (2).

Nous n'avons parlé que des exécutions capitales, mais nous aurions à mentionner un grand nombre d'arrêts ordonnant de mettre à la torture des calvinistes accusés ou seulement soupçonnés d'avoir eu connaissance du complot

(*) « La Court a ordonné et ordonne que Me Anthoine de Lescure, procureur général du Roy en icelle, sera remboursé de la somme de 22 escuz sol pour avoir faict mener et conduire depuis le lieu de Mussidan jusques en la Conciergerie

Pierre Le Quayre et pour ce faire avoir mené et défraïé oultre les soldats,

qu'il avoit, quatre hommes à cheval, etc. (Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, port. 167; 10 novembre 1562.

(2) Idem, idem, ibidem; 14 novembre. — « La Cour a déclaré et déclare le dit Le Quaire, traistre, séditieux et rebelle au Roy et avoir commis crime de lèsemajesté et comme tel l'a condamné a estre trayné sur une claye, etc., et estant au devant l'église métropolitaine Sainct-André demander pardon à Dieu, au Roy et à Justice. Et ce faict, estre mené devant le Palais et illec avoir la teste tranchée et son corps mis à quartiers par l'exécuteur de la haulte Justice. Et a déclaré et déclare les biens du dit Le Quayre acquis et confisqués au Roy, etc. Ordonne la dicte Court que avant de procéder à l'exécution du présent arrêt, le dit Le Quaire sera mis en question et torture pour scavoir par sa bouche la vérité de ses complices, » etc.

de Pardaillan. On peut affirmer que depuis le 20 juin, date de la tentative faite par ce gentilhomme et par ses amis pour prendre le Château-Trompette, il ne se passa guère de jour où quelque malheureux protestant ne fût soumis à la question, soit ordinaire, soit extraordinaire.

C'est ce que prouve l'arrêt suivant, qui n'est pas le seul de son espèce : « La Cour ordonne à Me Augier de Harambure, receveur, etc., de payer à Jehan Myalet, maistre chirurgien de Bordeaux, vingt-cinq livres tournois «pour avoir visité et pansé chacun jour grand nombre de pauvres personnages malades ou blessés, détenus en la Conciergerie, à la requeste du procureur général du Roy, durant ce présent parlement et mesmes ez mois de jung, juillet et aoust dernier passez (1). »

Ce document porte la date du 7 septembre 1562, mais il est suivi de plusieurs autres de même nature. Jehan Myalet, quelle que fût son habileté comme chirurgien, n'aurait pu suffire à tous les pansements journaliers. Un de ses confrères, nommé Lanefranque, et le médecin Ménardeau étaient chargés d'une besogne analogue (2).

Qu'on veuille bien d'ailleurs faire ce calcul très simple que, du 26 juin au 26 octobre, on ne compte guère que cent cinquante jours, tandis qu'il y avait dans les cachots de l'Hôtel de Ville, de la Conciergerie, dans les châteaux-forts, et même chez des particuliers, des centaines de prisonniers, dont nous avons eu la patience de relever les noms, estimant ce travail utile.

Or, nécessairement, chacun de ces détenus dut subir un interrogatoire.

Il ne faut pas juger le seizième siècle avec les idées du nôtre ; on trouvait alors tout simple de mettre un homme à la torture pour délier sa langue.

Le bourreau se nommait Arnault du Vila, il avait le titre

0 Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 165.

(2) Idem, ibidem, portef. 1G7. Arrêt du 9 novembre, portant au bas les signatures de Lanefranque et de Ménardeau.

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