‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 248 sur 310 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

de « maître des hautes-œuvres » (1). Il était vêtu d'une robe longue, dont nous ignorons la couleur, et d'un manteau sur lequel se détachaient des deux côtés une échelle et une potence de drap jaune. Il lui était expressément défendu de lier conversation avec les habitants (2). Il recevait du trésorier de la Cour, M6 Augier de Harambure, « seigneur de la maison noble de Furqueneuve, cent solz tournois » pour chaque exécution capitale et « cinquante solz » pour chaque flagellation.

Les exécutions, nous l'avons dit, se faisaient avec beaucoup de solennité pour mieux agir sur l'esprit des populations et les impressionner davantage. La mise en scène était très soignée. Chaque délégation de la magistrature, du clergé, de la bourgeoisie ou des corporations, y avait sa place désignée d'avance.

Le chevalier du guet, successeur du malheureux Le Breton, y assistait avec ses huit archers et « les trompettes d'argent » de la municipalité (3).

Le 4 novembre, la Cour donne l'ordre à son trésorier « de payer à Jehan de Lynards, escuyer, capitaine du guet, la somme de 25 livres tournois à luy ordonnée... pour les services extraordinaires par luy faicts, en armes, avecques ses soldats, pour avoir assisté à plusieurs exécutions de plusieurs personnages condamnés par arrest, pour crime

Q) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 160 à 180. Voici, par exemple, un arrêt du 7 septembre 1562 : « La Cour, oy et du consentement du procureur général du Roy, a ordonné et ordonne à M" Augier de Harambure, receveur des exploits et amendes d'icelle, qu'il paye des plus clairs deniers de sa recepte à Arnault du Vila, maistre des hautesœuvres, la somme de six-vingts livres tournois à luy ordonnée par la dicte Cour, scavoir est : cinquante-deux livres dix sols tournois pour les exécutions par luy

faictes de neuf personnages condamnés à mort et trois au fouhet à raison de

cent solz tournois pour chacun exécuté à mort et cinquante solz pour chacun exécuté au fouhet. » (Portef. 165.)

(2) Arch. municipales de Bordeaux, série JJ, Invent.-somm. de 1751 au mot : Exécuteur.

(3) Ces « trompettes d'argent » dont il est déjà question dans le Registre de la Jurade de 1406 à 1408, étaient au nombre de quatre, en fort mauvais état. (Arch. municipales de Bordeaux, série BB, séance du 13 avril 1407.) Un orfèvre bordelais fut chargé par les jurats d'en fabriquer de nouvelles au seizième siècle. Chaque cavalier-trompette recevait à son entrée en fonctions une robe aux armes de la ville et trois aunes et demie d'étoffe rouge et noire pour s'en faire un manteau.

de sédition, à souffrir mort, durant les mois de septembre, d'octobre et jusques ce jour duy (').

Dorénavant « si pour l'exécution des ordonnances et arrêts de la Cour luy convenoit avoir plus grand force et autre nombre de gens que les huict soldats ordinaires, il pourra emploïer les sergens de la ville, du prevost, ou des dixaines, ou bien les trente soldats que le gouverneur a pour la garde d'icelle, et pour ceste occasion il s'adressera ausdits gouverneur et jurats » (2).

Les tortionnaires chargés de donner la question se nommaient Jacques Roux et Bertrand de Bernys. On les appelait plus vulgairement les tireurs; il y avait en outre deux castigateurs (3) dont il est inutile d'indiquer les fonctions.

Par arrêt du lPr septembre 4562, la Cour leur attribue individuellement 15 livres tournois, « pour avoir vacqué ordinairement à bailher la question et torture à ceulx qui par les dits arrêts y ont esté condemnez (4). »

Malgré la démolition du palais de l'Ombrière, il serait peut-être possible de retrouver « la chambre de la géhenne » où se passèrent tant de crimes épouvantables (5).

Les prisonniers sans fortune recevaient tous les matins, par ordre de la Cour, une livre et demie de pain ; cette ration journalière était appelée fort mal à propos « le pain du Roy », car en réalité les boulangers qui en faisaient l'avance étaient payés sur les biens confisqués aux protestants.

Le 6 novembre, la Cour prélève sur les 200 livres d'amende payées par un calviniste, Me Jehan Dupuy, cy-devant juge

0) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 1G5. Quarta novembris, m. Ve LXII. (2) Idem, ibidem, portef. 165.

(s) Arch. municipales de Bordeaux, série FF, carton 212, et série JJ, invent, sommaire au mot : Castigateurs.

(*) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 1(35.

(5) Pour ce qui concerne l'Hôtel de Ville, je crois avoir retrouvé la salle de la torture près des tours de la Grosse-Cloche Les anneaux de fer existent encore : deux sont fixés dans le mur; le troisième, de forme singulière, est rivé dans l'une des dalles du sol. Le siège du greffier ou peut-être celui du magistrat qui présidait à l'opération, se voit encore dans un angle de la salle. Il est taillé dans la pierre dure.

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