‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 249 sur 310 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

de Montségur, 40 livres tournois dues à Micheau Dautard, « maistre former de Bourdeaux, pour le pain du Roy qui est chacun jour bailhé et distribué aux pauvres prisonniers détenus à la Conciergerie, à la requeste du procureur général, lequel pain le dit Dautard a fourny et fornist chacun jour aux dits prisonniers, etc. » (').

Mais cette modique ration n'était donnée qu'aux indigents ; les gentilshommes ou les bourgeois détenus se nourrissaient et s'entretenaient à leurs frais. Si l'argent venait à leur manquer, ils adressaient une demande au Parlement pour être autorisés à vendre une partie de leurs biens.

Le 4 septembre, par exemple, la Cour autorise un capitaine huguenot, Pierre de Ségur, écuyer, seigneur de Boyentran, à aliéner une portion de son domaine « pour sa norriture et son entretenement » jusqu'à concurrence de 200 livres tournois.

La situation de l'ancien lieutenant de Vaillac était loin d'être gaie. Les catholiques l'accusaient d'avoir pris une part active à la conspiration du Château-Trompette, qu'il commandait en sous ordre ; tandis que les calvinistes l'accablaient de leurs malédictions pour avoir fait échouer le complot qui devait les rendre maîtres de Bordeaux et, par suite, de la Guyenne. Nous reparlerons de lui tout à l'heure.

Pierre Mondiet, lieutenant du juge de Saint-Macaire, Pierre de Fontpeyre, écuyer, accusé comme lui d'avoir pris part au pillage de cette ville, le 28 juin, sont également autorisés par la Cour à vendre une partie de leurs biens pour payer les vivres que leur fournissait le concierge de l'Ombrière. Même autorisation est donnée à deux nobles et courageuses femmes, « Anne de Favars » (Fabas) et sa mère Marie Dorriès, « damoiselles » (2).

(') Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Minutes des arrêts, portef. 1(>7. La Cour alloue, en somme, 300 livres au concierge de l'Ombrière pour le pain des prisonniers.

(2) Idem, ibidem, portef. 105 à 168. La maison noble d'Orriès était située dans le Bazadais, commune de Ladaux, arrondissement de La Réolc (Gironde). Elle

Arrachées de leur maison seigneuriale, sur la dénonciation calomnieuse des jurats de Saint-Macaire, et conduites à Bordeaux, elles obtinrent du Parlement la faveur d'échanger leur humide et sombre cachot de la Tour des barons, au palais de l'Ombrière, contre la maison de l'un des huissiers de la Cour ('). Le Parlement décida le 20 octobre qu'elles « tiendraient prison close au logis et soubz la charge » de François La Graulet, secrètement calviniste, et qui plus tard paya de sa vie ses croyances religieuses.

Déjà, quelques jours auparavant, le 14, Mlle de Favars avait reçu l'autorisation de se rendre à Saint-Macaire pour y chercher son frère, le capitaine Jehan de Favars, blessé, malade et prisonnier.

Ces faveurs exceptionnelles, obtenues dans un moment où les passions religieuses doublées des haines politiques égaraient les meilleurs esprits, s'expliquent par ce fait que Anne de Favars et sa mère étaient estimées, respectées de tous ceux qui les connaissaient.

L'enquête ordonnée par la Cour prouva d'une manière certaine que le 28 juin, jour de pillage de Saint-Macaire par les troupes calvinistes, elles avaient recueilli dans leur maison un grand nombre de catholiques; que des prêtres, des femmes et des enfants cachés par elles avaient été, grâce à leur ardente charité, préservés de la fureur des huguenots (2) qui n'avaient pas épargné les métairies de ces deux dames protestantes.

Des catholiques vinrent déclarer que, grâce à leur intercession, Symphorien de Durfort, duc de Duras, consentit à

appartenait aux Fabas, par suite du mariage de Jean de Fabas avec Marie d'Orriès, le 19 juillet 1529, ainsi que nous l'apprend une note de M. Henri Barckhausen, de la Société des Bibliophiles de Guyenne, dans son intéressante publication : Mémoires de Jean de Fabas, premier vicomte de Castets-en- Dorthe. (Paris-Bordeaux 18G8, p. 9.)

0 Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 166. Présidence de M. de Lagebàton; rapporteur: Antoine de Belcier.

(2) « Extraict des faits justificatifs au procès du scindic de Sainct-Macarij, le procureur gênerai du Roy joint à luij, par Marie Dorries et Anne de Favars, sa fille, damoiselles, et desquel: a esté ordonné, par arrest ce jour d'huy donné, etc. (Idem, ibidem.)

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