‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 250 sur 310 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

leur faire restituer divers objets de première nécessité. Nous voyons cependant que le 13 novembre ces malheureuses femmes étaient encore captives et suppliaient qu'on terminât leur procès (').

A peu près à la même date, Jehan de Lohiague, condamné à mort comme contumax, sur la « calomnieuse accusation » du seigneur de Gramont, mais qui depuis avait pu réussir à prouver son innocence, demandait qu'on fit enlever de devant sa porte, dans la commune de Bardos, « la fourche patibulaire » à laquelle pendait son effigie (2).

La Cour, faisant droit à sa requête, ordonna pour conserver usa bonne renommée et celle de sa postérité », que la dite fourche et « le tableau » qui la surmontait seraient enlevés dans les trois jours, sous peine de dix mille livres d'amende (3).

Il nous serait impossible de résumer, même en quelques pages, les nombreux documents que nous avons sous les yeux pour cette intéressante période.

Disons seulement qu'à partir du 8 novembre, la rigueur de la répression semble diminuer. Charles IX vient de signer des lettres d'abolition ou d'amnistie pour les calvinistes de la Guyenne compromis dans l'affaire du Château-Trompette ou arrêtés pour ce fait. Le Parlement de Bordeaux refuse de les enregistrer.

« Le 6 novembre, disent les Registres secrets, la Cour, les Chambres assemblées, a député vers le Boy le sieur de Boffignac, président, seul, pour faire remonstrances au roy touchant l'abolition baillée aux habitants pour le faict de la sédition »

Le 7 au matin, le premier président Lagebàton, dont nous

(*) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 167.

(2) Bardos, aujourd'hui commune du département des Basses-Pyrénées, où se trouve le château de Gramont.

(3) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 167. Arrêt du 10 novembre 1562.

(4) Bibliothèque municipale de Bordeaux : Extrait des registres secrets, ms. 'Ml. Nos recherches pour retrouver ces lettres de grâce ont été infructueuses.

avons à regret signalé la cruelle sévérité, signe l'arrêt de mort du capitaine La Rigaudière, mais le président Roffîgriac est encore présent.

L'exécution se fit. dans l'après-midi; et si le départ de ce dernier pour la Cour eut lieu ce jour-là, ce ne fut sans doute qu'après cette scène tragique. Mais nous avons diverses raisons de croire qu'au lieu de se rendre à Paris, à Saint- Cloud ou à Fontainebleau, il jugea préférable de porter d'abord ses doléances au duc de Montpensier, gouverneur de la pi'ovince et représentant de l'autorité royale.

M. de Lagebàton profita de cette courte absence pour faire mettre en liberté beaucoup de prisonniers, au nombre desquels M6 Pierre Mondiet, lieutenant du juge de Saint- Macaire, qui, dénoncé par « quelques ennemis » personnels, s'était courageusement constitué prisonnier (').

Tous les autres protestants relâchés les 7, 9 et 10 novembre payeront une simple amende et devront, sous peine du fouet, quitter la ville dans les vingt-quatre heures (2). Nous pensons qu'ils ne demandaient pas mieux.

Tous ces ordres d'élargissement portent la signature du premier président «Jacques Benoît » de Lagebàton.

Le 14 octobre, M. de Roffignac est de retour à Bordeaux, car il signe la condamnation de Le Quayre, et de sa main écrit plus bas quelques lignes pour noter que l'exécution de cet arrêt impitoyable a eu lieu le jour même. Le 16, à la requête du « révérendissime Louis, cardinal de Guise, archevêque de Sens et abbé de Guîtres », il condamne un malheureux nommé Mathurin Villeteau, dit le Bigaïre ou le Bigarré, « à faire amende honorable en l'audience de la dite Cour, la hard au col, estant à genoulx, teste et pieds nudz, ayant en ses mains une torche de cire ardente, et illec demander pardon à Dieu, au Boy, à Justice et au dit abbé de Guystres», à renouveler cet acte expiatoire devant la

(i) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes dss arrêts, portef. 167. Autorisation de circuler à Bordeaux, mais sans quitter la ville. (s) Idem, ibidem.

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