‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 251 sur 310 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

porte de l'abbaye, « et ce faict estre battu de verges par l'exécuteur de la haulte justice »

Le 20, c'est un nommé Pierre Doulhac, accusé d'avoir rompu des « images » de pierre et démoli des autels qu'il frappe d'une condamnation analogue, à la requête de l'archevêque de Bordeaux, messire Antoine Prévôt de Sansac, seigneur de Montravel, juridiction dans laquelle ces « sacrilèges » avaient été commis.

Nous ne saurions trop le répéter, ce sont ces excès regrettables, ces actes de vandalisme commis par des huguenots qui contribuèrent — en exaspérant des populations catholiques très attachées aux formes extérieures de leur religion — à l'insuccès de la Réformation dans le Sud-Ouest.

Nous n'avons pas deux poids et deux mesures; nous blâmons aussi sévèrement les crimes commis par les protestants que les atrocités de leurs adversaires.

Gomment n'être pas indigné, par exemple, à la lecture de ce réquisitoire du procureur général de Lescure, même en tenant compte de l'exagération particulière aux « gens du roi » , nom qu'on donnait alors au ministère public !

« Sur la requeste présentée par le procureur général du roy, prenant la cause pour les religieux et couvens de la Régulière Observance Saint -François des villes d'Agen, Villeneufve d'Agenois, Mont -de- Marsan, Marmande et Saint-Macaire contenant que aux émotions faictes par les séditieux de la nouvelle et pernicieuse secte ès dictes villes, ils auroient pillé et saccagé les dits couvens et d'iceulx pris les aornemens, Hures destinés au divin service et d'estude, croix, calices, rompu les images y estans et iceulx fait brusler, ensemble les cœurs, retables, coffres, bancs, sièges; rompu les secrestaneries, librairies, reffectoers, dortoers, chambres, infirmeries et plusieurs autres édifices; et en plusieurs lieux des dits couvens mis le feu; pris et ravy

(!) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Miaules des arrêts, portef. 167. Signature du président Rofïignac et du conseiller François de Baulon, rapporteur.

tous les meubles fort difidlz à nombrer; et de ce non conlens, prisles religieux cruellement batus et emprisonnés, les autres pendus et estranylés..., etc. (')• »

On voit que les deux partis n'avaient rien à se reprocher; malgré soi, l'on se sent prêt à maudire la religion au nom de laquelle, de part et d'autre, se commettaient ces infamies ou ces actes barbares. Mais la raison vient presque aussitôt calmer ce premier entraînement. Il suffit, en effet, d'étudier avec attention les documents originaux de cette époque troublée, pour comprendre que les protestants éclairés ou sincères n'étaient pour rien dans ces excès si regrettables. La population calviniste de Bordeaux, par exemple, si calme et si sage, de l'aveu même des adversaires les plus acharnés, n'avait pas trempé dans le complot du Château-Trompette. C'est elle cependant qui en supporta les terribles conséquences, tandis que les vrais coupables, les Pardaillan, les Duras, les Savignac et les Donissan tenaient la campagne à la tète de leurs soldats, narguant de loin la torture et les supplices et, sous prétexte de représailles pour des maux qu'ils n'avaient pas soufferts, pillant les églises et molestant les ecclésiastiques.

(') Arcii. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 1G7. (28 novembre 1562.)

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