CHAPITRE XXXI
Pseudo-pacification do la Guyenne. — Monluc aux Étals de Carcassonne. — Burie se rend dans sa seigneurie de Sainlonge. — Il élabore un projol do désarmement. — Lettres royales d'abolition. — Divisions à Bordeaux entre les pouvoirs constitués.
— Mort d'Antoine de Bourbon, gouverneur do la Guyenne. — Armand de Clermont, seigneur de Piles, entre à Mussidan. — Ordre d'arrestation contre lui (24 novembre).
— Piles entre à Bergerac en plein jour et délivre les calvinistes condamnés à mort. — Pilleries de Razac et de La Brunetiére, lieutenants de Moulue. — Arrêt du Parlement rendu contre eux sur la plainte de Gaston de Foix (ô décembre). — Prise de Sainte-Foy par La Rivière, lieutenant de Piles (7 décembre). — Panique du Parlement à la réception de ces nouvelles (10 décembre). — Enrôlement de 1/200 liommes commandés par douze conseillers. — Exécution de l'avocat Guillaume do Lestage (14 décembre). — Armements à Libourne, à Périgueux, etc., etc. — Guerre de partisans; exploits inouïs des capitaines Piles et La Bivière. — Capture et fuite de ce dernier.
— Monluc commence à s'émouvoir. — Le^i catholiques gagnent la bataille de Dreux (19 décembre). — Actions de grâces à Bordeaux à cette nouvelle (29 décembre). — Procession générale ordonnée par le Parlement.
Pendant que ces événements se passaient en Guyenne, François de La Rochefoucault traversait la France pour conduire à son beau-frère, le prince de Condé, les troupes qu'il avait pu conserver, réunies aux soldats de Duras échappés à la défaite de Vern. Le duc ne comptait guère auprès de lui que trois cents gentilshommes demeurés fidèles.
La situation de Condé devenait inquiétante ; bloqué dans Orléans par l'armée catholique, il recevait de Normandie les plus fâcheuses nouvelles. Sans renforts il ne pouvait bouger de cette place, alors que pour sauver Rouen un prompt secours était indispensable. Il attendait fiévreusement les lansquenets que d'Andelot, frère de Coligny, devait lui amener d'Allemagne, mais ces secours n'arrivaient pas.
Rouen avait été investi dans le courant de septembre; la défense fut énergique et se prolongea môme au delà de tout espoir, mais le 25 octobre la place fut prise d'assaut. Condé reçut cette nouvelle avec celle de la mort de son frère, le roi
de Navarre, gouverneur de la Guyenne. Ce prince versatile, mourut comme il avait vécu. Sa fin fut digne de sa vie, qui peut se résumer en quatre mots : bravoure, indécision, crédulité, galanterie.
Mortellement frappé dans la tranchée au poste le plus périlleux, il expira dans les bras de sa maîtresse, Louise de La Béraudière, après avoir, à tour de rôle, écouté les exhortations d'un prêtre catholique et celles d'un pasteur protestant, sans qu'on puisse dire à laquelle des deux religions il appartenait quand il rendit l'âme, le 25 octobre 1562.
A cette date, sauf la ville de Montauban, la haute et la basse Guyenne semblaient pacifiées. Le 30, Burie l'affirmait au roi, qui lui mandait de lui envoyer 3,000 Espagnols et 2,000 hommes d'infanterie française, sous les ordres de Charry, mestre de camp, dont la belle conduite à la bataille de Yern avait attiré son attention. « Quant aux Espagnols, répond Burie, je crois que M. de Montpensier n'aura failly de vous faire entendre leur façon de vivre et auecq quelle difficulté l'on les faict marcher. »
Il n'y avait guère à compter, en effet, sur ces pillards indisciplinés. Pour ce qui est des Français, « il ne reste plus que 14 ou 1500 hommes des onze ou douze enseignes que j'ay ramenées de Gascogne (*). » Encore dans peu de jours faudra-t-il en détacher des troupes pour la sûreté de La Rochelle et pour réduire les îles de Saintonge sous l'obéissance du roi.
Monluc était alors devant Montauban qui, vaillamment défendu par le capitaine Laborie, repoussait toutes les attaques de Terride et neutralisait ses efforts. Mais, si ce n'est
(*) Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg, mss., dossier 98, 2e portef., pièce n° 3. Cette importante lettre a été transcrite in extenso par M. Hovyn de Tranchère pour les Arch. municipales de Bordeaux. M. Edouard de Barthélémy s'était borné à nous en donner le sommaire, encore ce résumé contient-il deux ci reurs tellement graves qu'il est impossible de ne les pas signaler. « Djs 11 ou 12 enseignes françaises formant 14 ou 1,500 hommes, écrit M. de Barthélémy, il ne restera sous peu que 6 à 7 enseignes. » Une enseigne se composait d'environ 300 fantassins, ce qui fait donc, au inoins, 3,300 hommes au lieu de 1,500. En outre, M. de Barthélémy nous parle aussi des renforts à envoyer au siège de La Rochelle, qui n'eut lieu que dix ou onze ans plus tard, en lô"'2-73.