‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 257 sur 310 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Suivi de sa petite troupe, il rentra furtivement dans son château qu'occupait encore une petite garnison catholique el que le duc de Montpensier venait de quitter peu de jours auparavant; son premier soin fut de s'enquérir, auprès de ses fidèles, des calvinistes disséminés çà et là sur lesquels il pouvait compter (*).

Il s'aboucha secrètement avec chacun d'eux, leur fixa des lieux de rassemblement par petits groupes et leur indiqua le signal de l'action.

Il séjournait peu de temps dans le même lieu, ne se rendant au château de Piles que le moins souvent possible (2). Tout marchait à merveille, quand un événement survenu dans les premiers jours de décembre faillit tout perdre.

Depuis le départ de Monluc, ses lieutenants s'en donnaient à cœur joie. Deux d'entre eux surtout, pillards sans vergogne dont nous avons déjà cité les noms à plusieurs reprises, Razac et La Brunetière, ravageaient la vallée du Drot, ne ménageant pas plus les biens des catholiques que ceux des huguenots.

Les excès de ces misérables prirent de telles proportions que Gaston de Foix, marquis de Trans et vicomte de Gurson, sollicita du parlement de Bordeaux l'autorisation d'ouvrir une enquête sur les « pilheries , concussions , exactions et autres maléfices » de ces chefs de bandes et de leurs complices, « dans la ville et juridiction d'Eymet, » où ils avaient poussé l'audace jusqu'à profaner et briser les tombes des seigneurs de Foix (3).

Le 5 décembre un arrêt de la Cour l'autorisait à procéder judiciairement (4).

(!) Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. II, p. 798. (s) Idem, ibidem.

(3) Arcii. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Minutes des arrêts, portef. 168. (Voyez la note suivante.)

(*) Idem, ibidem. Ordre à l'un des huissiers de la Cour « de se transporter sur les lieux » et d'enjoindre « aux capitaines Razac, La Brunetière et leurs complices de quitter la ville et jurisdiclion du dict Eymet ». Autorisation est donnée à Gaston de Foix « d'informer et faire informer par le juge général de ses terres et jurisdictions sur les brisemens des tumbes et sépultures de ses prédécesseurs » . « La Cour permet au dict de Foix, marquis de Trans, de

Mais déjà Bazac avait pris la précaution d'entrer à Sainte- Foy, où se trouvait une petite garnison catholique aux ordres du capitaine Lastout, et de s'y mettre avec ses soudards à l'abri des justices seigneuriales.

A Bergerac, à quatre lieues de là, commandait François de Caumont, chevalier, seigneur et baron de Lauzun, nommé gouverneur au mois d'octobre parle duc de Montpensier

Piles, dont la présence dans la contrée était déjà signalée par de nombreux « placards » affichés par ordre du Parlement aux portes des églises; Piles, dont la tête était déjà mise à prix, apprend tout à coup que Lauzun se prépare à faire périr un certain nombre de prisonniers calvinistes qu'il tient sous les verroux.

Emporté par un sentiment magnanime et méprisant le péril, il entre à Bergerac en plein jour avec « trente soldats d'élite », et par cette action vraiment héroïque terrifie et la garde des portes et les trois cents hommes de garnison chargés de défendre la place (2).

Il traverse hardiment la ville jusqu'à son logis et répond fièrement à ceux qui le conjurent de se retirer, qu'il ne quittera pas Bergerac avant que tous les prisonniers lui aient été rendus, menaçant les catholiques de « leur couper la gorge » en cas de refus (3).

Et, chose inouïe, on obéit à cette injonction; des vivres lui sont apportés tant pour lui que pour ses soldats, puis il s'éloigne tranquillement, suivi des pauvres diables qu'il vient de délivrer

Ce n'est là cependant que le prélude des actes prodigieux que va successivement accomplir ce jeune et vaillant capi-

faire informer par le premier juge roïal, non suspect, sur les bruslemens, saccagemens et voleries commises ez églises et monastères de la dicte ville et jurisdiction d'Eymet et Saincte-Foy seulement. » Signé à la minute : Christophe de Roffîgnac, président, et d'Eymar [conseiller rapporteur].

(!) Arcii. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Enregistrement des édita royaux.

(2) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. II, p. 708; De Thou, Histoire universelle, t. III.

(3) Idem, ibidem.

(*) Th. de Béze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 7H8.

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